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lundi 28 mars 2016

Nouvelle histoire du Premier Empire, tome 4: Les Cent-Jours

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Thierry Lentz termine sa tétralogie par un volume fouillé dans lequel il met en évidence combien quelques mois d’absence suffisent à ce que l’Empereur, de retour d’Elbe, soit en complet décalage avec la société. Il rend les Cent-Jours un épisode sans mystique ni geste héroïque, et dont l’histoire du pays se serait bien passé.

De nouveau, Lentz préfère à raison une structure thématique à une stricte chronologie. Le Congrès de Vienne est par exemple intégralement expliqué sans que le retour de Napoléon interrompe le texte par un quelconque effet de manche. L’auteur reprend ensuite son texte au printemps 1814 pour décrire la première restauration, en en agençant parfaitement les différents éléments. Il excelle toujours dans la présentation des manœuvres diplomatiques et politiques, que ce soit à Vienne - les passes d’armes entre Metternich, Talleyrand et Alexandre sont superbement détaillées - ou dans les jeux de pouvoir entre les divers parlements et Napoléon ou Louis XVIII. La revue de l’évolution de la société française, qui accepte sans mal le retour du roi et vit comme une libération la suppression de toute censure sur la presse, est un autre réussite. Seul le chapitre sur la vie quotidienne de Bonaparte à Elbe détonne quelque peu tellement la méthode de l’auteur s’applique mal à un sujet si microscopique.

La thèse du texte est que malgré l’ineptie de la politique de Louis XVIII - ministres choisis à contresens, gestion fiscale technocratique, protocole risible, ambiguïtés contre-productives sur le clergé ou les biens nationaux, mise au ban des anciens militaires, stupéfiante lâcheté personnelle du roi et de son entourage etc. - personne ne souhaite le retour de Napoléon. Bonaparte reprend le pouvoir grâce au soutien des militaires qu’il croise sur son chemin (et d’eux seuls) et est sinon fraîchement accueilli par toutes les autres strates de la société. Les pages sur l’incapacité de Napoléon à imaginer d’autre légitimité que celle que lui donneraient d’hypothétiques victoires militaires sont parmi les plus fines du volume. Les 4 jours de la campagne de Waterloo sont parfaitement expliqués, en clarifiant quelques idées reçues et en ramenant bien la responsabilité des choses au chef plutôt qu’à un quelconque de ses subordonnés.

Dans ses conclusions, l’auteur s’appuie souvent sur les auteurs des deux siècles précédents : il donne à la fois l’impression de faire le tour de l’historiographe et d’avoir une certaine distance par rapport aux jugements, comme s’il ne s’appropriait jamais tout à fait ce qui était dit, tout en choisissant soigneusement les extraits présentés. Il s’agit là d’une façon élégante de modérer son propos, même si petit à petit on se demande qui se cache derrière le masque.

Ce volume final de la Nouvelle histoire du Premier Empire est tout aussi nécessaire que les deux premiers. Avec sa présentation impeccable, et son écriture fluide qui coule sans difficulté sur des centaines de pages, on ne peut que chaudement en recommander la lecture.

vendredi 18 juillet 2014

Nouvelle histoire du Premier Empire, tome 3, par Thierry Lentz

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Ce troisième volume de l’ambitieuse Nouvelle histoire du Premier Empire reprend la période par thèmes transverses. Mais il manque à ce bout à bout d’une trentaine de sujets un liant qui rendrait la lecture du livre aussi passionnante que les volumes précédents.

L’approche de Thierry Lentz est toujours aussi sérieuse et recherchée. Il complète ici son récit chronologique par les dimensions thématiques de la matière historique. Le volume propose donc des sortes de petites monographies sur l’organisation de l’état impérial, sur l’oeuvre législative, sur la police, sur la politique extérieure ou encore les aspects économiques et les conséquences du blocus. Chaque point est une miniature d’une trentaine de pages qui rappelle les principaux événements et leurs interprétations possibles.

Si tout est précis et clair, les chapitres tiennent d’abord du résumé, occasionnellement de la simple juxtaposition de noms ou de lieux, tout en restant brefs pour éviter d’être dans la redite des volumes précédents. Il leur manque une synthèse ou une réflexion stimulante. On comprend bien que le ressort du régime est la centralisation et l’on visite à mesure des chapitres toutes sortes de variations autour de ce thème. Mais la répétition de la conclusion lasse, on lit trop souvent que "la structure pyramidale fonctionne mieux que les régimes précédents mais devient excessive lorsque les décisions se concentrent dans les mains de l’Empereur seul". Et Thierry Lentz finit par abuser de la figure de style consistant à partir de l’opinion "commune" (par exemple, sur la valeur du Code Civil, ou sur l’Empire comme société dictatoriale) pour la réfuter et finir dans un tableau plus nuancé. L’auteur, à force d’éviter à chaque fois un jugement tranché, finit par affadir son texte.

Et ce manque de ressort, quelque fois masqué par des descriptions plus détaillées, rend l’ensemble quelque peu indigeste. On a l’impression de lire une sorte de dictionnaire ou d’encyclopédie, dont chaque article est bien fait mais dont ne goûte pas l’accumulation. Il n’y a pas à ce texte un souffle, qu’il soit dans une montée dramatique ou dans une évolution des conclusions à mesure que les pièces du puzzle s’emboîtent, qui permettrait d’entraîner le lecteur[1].

Ce volume est donc à prendre comme un texte de référence où retrouver en quelques pages l’essentiel de ce qui se sait sur tel ou tel thème donné. Mais sa lecture de bout en bout risque fort de décourager le lecteur.

Note

[1] On ne peut que renvoyer à la trilogie de Richard Evans sur le Troisième Reich pour l’exemple plus réussi de l’approche thématique

samedi 5 janvier 2013

Makers of Ancient Strategy: From the Persian Wars to the Fall of Rome, de Victor David Hanson

Chronique publiée en échange avec War Studies Publications

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Cet ouvrage dirigé par l’historien controversé Victor Davis Hanson (qui pense que l’art de la guerre occidental se caractérise par la recherche de la bataille décisive et donc la destruction de l’adversaire) se veut un complément à l’ouvrage classique publié en 1943 par Edward Mearle et mis à jour en 1986 par Peter Paret.

Le livre rassemble une série de chapitres sur l’art de la guerre dans le monde antique, écrits par des universitaires confirmés (Hanson, Goldsworthy, Heather, Kagan, Strauss, Worthington), des jeunes prometteurs (Berkey) ou des journalistes vulgarisateurs et auteurs à succès (Holland). L’introduction de l’ouvrage, écrite par Hanson lui-même, ne surprendra aucun des lecteurs habitués à ses travaux antérieurs. Il y développe son idée que l’art occidental de la guerre est intrinsèquement supérieur, et que la plupart des dilemmes stratégiques contemporains ont déjà été rencontrés par nos prédécesseurs grecs et romains, aux sources desquels il convient de se plonger. Autant l’on veut bien admettre que la nature de la guerre est éternelle et que seule sa forme change, autant l’on a du mal à suivre Hanson lorsqu’il compare le mur entre les Etats-Unis et le Mexique avec les murs d’enceinte bâtis autour d’Athènes. De même, bien qu’il s’en défende et que les autres auteurs de l’ouvrage évitent de tomber dans ce piège, Hanson laisse transparaître à plusieurs reprises ses préférences idéologiques (il est très proche des néo-conservateurs), par exemple lorsqu’il compare les guerres médiques à un « conflit de civilisations ».

Les autres contributions sont inégales, comme c’est malheureusement souvent le cas dans les ouvrages collectifs. On retiendra néanmoins les excellents chapitres de Berkey sur les fortifications, de Lee sur la guerre urbaine dans le monde antique ou de Goldsworthy sur César. Malheureusement, on peut relever quelques absurdités dans d’autres chapitres, par exemple lorsque Hanson (encore lui) pense pouvoir attribuer, contre les travaux historiques, une stratégie de préemption à Epaminondas lorsqu’il mène Thèbes à la guerre contre Sparte et Athènes en 370ac. Ou encore lorsque Kagan ressort des platitudes de la théorie réaliste des relations internationales lorsqu’il rappelle la destruction de Melos par les Athéniens, un fait que beaucoup de réalistes interprètent comme un axiome intangible de la politique internationale alors que les recherches récentes en montrent les faiblesses (voir l’analyse de Thucydides par Lebow).

En fait, la principale faiblesse de l’ouvrage est son incapacité à trancher entre les deux publics potentiels auxquels il s’adresse. Pour les spécialistes d’histoire antique, les auteurs passent beaucoup trop de temps à résumer les situations, ce qui réduit nécessairement la profondeur de leurs analyses et de leurs interprétations. Mais du coup, en voulant également s’adresser à une audience contemporaine pour lui fournir des éléments de réflexion sur les dilemmes stratégiques actuels à la lumière des expériences passées, l’ouvrage reste dans le vague et est finalement de peu d’intérêt. Par exemple, à la lecture du chapitre de Holland sur les guerres médiques, on comprend bien qu’il veut tisser un parallèle avec la lutte contre le terrorisme. Pourtant, on se demande quelles leçons en tirer: dans quels domaines l’analyse des activités militaires perses doit-elle nous inspirer: la propagande, le renseignement ou la faculté de construire des coalitions? La même question se pose à la lecture de plusieurs chapitres: so what? Et puis je suis peut-être conservateur, mais je suis mal à l’aise en lisant le terme « contre-insurrection » juste avant « Rome antique »: les concepts ont eux aussi des histoires.

Léger pour les spécialistes du monde antique et d’utilité moyenne pour ceux qui s’intéressent aux questions stratégiques, cet ouvrage mérite quand même sa place dans les bibliothèques, principalement faute d’alternatives sérieuses. Et si l’on peut faire abstraction des défauts sus-mentionnés, il serait dommage de passer à côté de quelques chapitres d’une réelle qualité: un livre à lire de manière sélective.

dimanche 16 décembre 2012

Nouvelle histoire du Premier Empire, tome 2 (1810-1814) de Thierry Lentz

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Le second volume du Thierry Lentz est toujours un plaisir à lire. On y retrouve les qualités du premier tome - fluidité, clarté de la structure, érudition tranquille - dans le même axe plus diplomatique que militaire, plus institutionnel que social.

Les premiers chapitres portent sur la situation intérieure de la France en 1810-12, un long développement étant consacré à la crise économique qui secoue le pays, mais sans que de notables conséquences institutionnelles en découlent - Napoleon a à présent un pouvoir autocratique ’absolu’ qui, au moins jusqu’à la campagne de Russie, le rend inatteignable. En filigrane, Lentz montre comment l’empereur peut par instants perdre le sens des réalités - ainsi dans l’échec de l’approche brutale avec le Pape, dans les relations trop cassantes qu’il se permet avec les napoléonides - tout en pouvant par ailleurs, force de travail surprenante, s’occuper avec pertinence et dans le détail de ce qui semble être l’intégralité des affaires de l’Etat.

Les campagnes militaires ne sont pas ignorées, avec ce qu’il faut de descriptions vivantes (en Espagne, en Russie). On en retient que Napoléon ne trouve pas de combinaison opérationnelle efficace en Saxe 1813, et qu’en 1814, ses victoires en France ne sont que des combats d’arrière garde. Napoléon a perdu son ’génie’, même si ce n’est pas dit aussi explicitement que cela.

L’essentiel pour Lentz est dans les manoeuvres diplomatiques, objets de longs développements pour expliquer comment l’Autriche se place au centre du jeu en 1812, les évolutions successives des demandes des coalisés, enfin le règlement de la paix et les termes finalement fort favorables que Talleyrand obtient pour la France en 1814, les dirigeants alliés ayant la maturité de chercher une paix ’adulte’ plutôt que d’être guidés par un désir de revanche ou d’humiliation. Dans tout son texte, et d’ailleurs aussi quand il évoque les décisions militaires des généraux de Napoleon, Lentz fait preuve d’empathie envers ses personnages. Il ne condamne personne, reprend même souvent les historiens qui auraient jugé sévèrement tel ou tel dignitaire. L’auteur semble impressionné par l’habileté de Metternich ou de Talleyrand (tout en n’oubliant pas de rappeler le bas opportunisme de ce dernier). Cette façon de toujours se mettre ’dans la perspective’ des acteurs est ce qui donne au texte son ton sérieux et apaisé.

Une seule limite néanmoins: l’exercice ne s’applique pas à Napoléon lui-même, qui est encore vu ’du dehors’. Mais Thierry Lentz promet que son tome 3, centré sur les institutions, abordera justement ce point.

dimanche 25 novembre 2012

Etudes sur le Combat, de Charles Ardant du Picq

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On se demande bien comment cet texte a pu avoir eu une grande influence lorsqu’il est paru vers 1880. Le lire aujourd’hui est une déception: idée unique répétée sans cesse, analyse superficielle, ton amer, rien de constructif.

Il est vrai que l’ouvrage, publié 10 ans après la mort au combat de l’auteur, est inachevé; que l’on a simplement compilé 150 pages de fragments; que l’auteur avait fait circuler un questionnaire original auprès des officiers français, dans un premier essai de méthode sociologique; que le style alerte a pu impressionner.

Et puis, Ardant du Picq s’intéresse à un aspect souvent négligé par la pensée militaire: ce qui survient au moment précis où les troupes se rencontrent. Il évoque les batailles antiques, et déduit des récits que l’énorme différence entre les pertes du vainqueur et celles du vaincu venait de ce que l’un finissait, la peur au ventre, par fuir, et par se faire massacrer dans le dos[1].

Dans le combat moderne, quand l’assaut est donné, les soldats doivent se disperser pour ne pas être de trop belles cibles offertes aux fusils ennemis. Vite hors de vue de leurs officiers, nombreux sont qui se trainent, se laissent tomber, se cachent: l’instinct de survie prend le dessus. Il est heureux quand 1 homme sur 10 parvient jusqu’aux positions ennemies. Mais c’est alors cet ennemi qui est pris de peur et s’enfuit. Le même phénomène, à quelques variantes près, se produit avec la cavalerie qui, si on regarde son action de près, n’est jamais vraiment au contact de l’adversaire, sinon pour pourchasser les fuyards à pied. Avec tout cela, "l’effet de choc" n’existe pas: tout n’est question que de peur ou de résolution, de moral.

C’est cette idée qui est rebattue sur chacune des pages sans que les analyses aillent au-delà. Tout le temps, chaque section, la même conclusion: le moral est fondamental, c’est la seule chose qui compte, le reste est simple question d’entrainement, ou sans importance (ligne ou colonne: qu’importe, sinon pour leur impact sur le moral). Comme le texte est inachevé, les exemples historiques qui pourraient appuyer la démonstration ne sont pas développés et seulement mentionnés entre parenthèses. Et le ton assertif, sec, répétitif, outré par moments, donne l’impression d’entendre quelqu’un se parler à soi-même[2]. On a vite envie de laisser l’auteur à ses monologues intérieurs.

Eparpillées dans le texte s’ajoutent de vertes critiques des officiers supérieurs, ces généraux qui n’y connaissent rien, qui "n’ont rien vu", et sont incapables de se comporter au combat, ne sachant commander, n’ayant pas de sens tactique, et d’ailleurs de tactique pour les français il n’existe plus. Ces plaintes anecdotiques, qui sentent bon les idées reçues, ont l’amertume de l’officier intermédiaire subissant les petites vexations de la vie militaire, et n’apportent rien au texte.

De cette importance du moral, Ardant le Picq ne tire aucune conclusion pratique. Sa réflexion n’inclut pas la moindre piste de recommandation, sinon qu’il faut faire sans cesse l’appel pour ne pas tenter les hommes de se cacher du combat - bref, de l’importance de la gendarmerie des armées...

Notes

[1] Ardant ne remet pas en cause l’exactitude des sources antiques, même si elles indiquent un rapport de 1 à 100 entre les pertes des deux camps

[2] Dans le plus pur style du théâtre de Thomas Bernhard...

lundi 22 octobre 2012

Clausewitz: A Very Short Introduction, par Michael Howard

Chronique publiée en échange avec War Studies Publications

Les interprétations de Clausewitz sont un thème obligé de l’histoire militaire. On verra ici comment l’approche de Michael Howard est différence de celle, commentée il y a quelques semaines, d’Azar Gat. Gat soulignait l’aspect inachevé, confus, contradictoire de De la guerre pour conclure qu’on ne pouvait en chercher d’interprétation cohérente, tandis qu’Howard suggère qu’on peut y parvenir.

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Ce petit ouvrage paru dans la collection A Very Short Introduction (l’équivalent de nos "Que Sais-Je?" en mieux), est une introduction à la pensée de Clausewitz. Il est rédigé par Michael Howard, ce qui est un gage de qualité indéniable. Michael Howard est l’un des plus grands historiens militaires britanniques, l’un de ceux avec John Keegan[1] qui ont renouvelé l’histoire militaire: son ouvrage de 1961 sur la guerre Franco-Prussienne de 1870 est un classique. Michael Howard a fondé le prestigieux département des War Studies du King’s College London, avant d’occuper des postes de professeur à Oxford et à Yale. Parmi ses nombreux faits d’armes, il a retraduit Vom Kriege en anglais (en coopération avec Peter Paret), contribuant à remettre Clausewitz à la mode, en particulier dans les cercles stratégiques américains. Sa traduction, bien que non exempte de défauts, est aujourd’hui la plus largement employée par les universitaires et les stratégistes anglo-saxons. Il est ainsi bien placé pour nous offrir cette petite introduction à la pensée du Prussien.

Howard commence par une courte biographie de Clausewitz, insistant sur l’environnement intellectuel dans lequel il baignait, en particulier autour de Scharnhorst et Gneisenau. Il montre également en quoi l’éducation de Clausewitz et ses goûts intellectuels personnels ont pu façonner son insistance sur certains caractères (tels que les forces morales) ou certains des défauts de son approche tels que l’absence de prise en compte de la stratégie maritime ou des facteurs économiques.

Les trois chapitres suivants abordent chacun un thème central de Vom Kriege. Tout d’abord, une théorie de la guerre est-elle possible? Clausewitz pensait qu’une théorie qui ne prendrait pas en compte l’incertitude de la guerre, la friction, les forces morales et les réactions de l’adversaire est inutile. Il s’élève ainsi contre des auteurs tels que von Bülow, qui était si obsédé par la logistique qu’il avançait que le secret d’opérations réussies consistait à s’assurer que l’angle formé à l’objectif par des lignes dessinées depuis les bases d’opérations depuis lesquelles opérait l’armée devait être supérieur à 90°. De cette approche mathématique, il tirait toute une série de calculs compliqués devant conduire à la victoire. Clausewitz était conscient des limites d’une théorie de la guerre: elle doit servir à éduquer le commandant en chef, lui former l’esprit à la réflexion et à l’analyse critique, et non pas être un "livre de recettes" à appliquer. La guerre est-elle ainsi un art ou une science? Selon Clausewitz, cette distinction est faussée: tout art suppose l’application de principes scientifiques, toute science requiert l’exercice du jugement. La guerre doit ainsi être vue comme une activité sociale, et toute théorie doit ainsi prendre en compte la politique.

Le chapitre suivant aborde la question des buts de guerre, des buts dans la guerre, et des moyens: en fait, la question de la stratégie. Howard aborde ainsi la question du Schlacht, de la bataille décisive, qui a attiré tant de critiques à Clausewitz (en particulier, celle de Liddell Hart). Il rappelle que Clausewitz voyait une utilité de la bataille décisive seulement si l’objectif stratégique poursuivi est la destruction des forces armées de l’adversaire. Il se peut que détruire l’armée adverse soit souvent le meilleur moyen d’accomplir ses objectifs politiques, mais ce n’est pas le seul. Mais Clausewitz insiste sur le Schlacht également pour rappeler à son lecteur que la guerre est une affaire particulièrement sanglante, loin d’un romantisme guerrier dangereux.

Enfin, Howard étudie les notions de guerre limitée et de guerre absolue chez Clausewitz. Il rappelle la méthodologie Clausewitzienne consistant à construire un idéal-type: la guerre tend à devenir absolue, mais elle est toujours plus ou moins contenue par le politique. De plus, du fait de son caractère, la guerre tend à s’épuiser d’elle-même, les belligérants finissant par se lasser. Howard aborde la question de la possibilité de la guerre absolue à l’ère nucléaire, qui cesse d’être un idéal-type pour devenir une réalité technologiquement pensable. Howard est dans cette partie plus proche des analyses d’Aron (d’ailleurs cité dans sa bibliographie) que de René Girard.

Le chapitre conclusif s’interroge sur l’héritage de Clausewitz, et montre la réception biaisée de son oeuvre aussi bien chez les Allemands, que les Anglais ou les Français[2]. Le Clausewitz que les Prussiens mettent en avant en 1870 (ce qui a certainement contribué à sa mauvaise presse en France) est une caricature partiale, de même que celui que critiquera Liddell Hart. La pensée complexe du Prussien permet facilement de sélectionner les passages qui semblent conforter les prés-supposés stratégiques des auteurs. Toute réflexion étant ancrée dans son époque, il sera intéressant dans 30 ans de lire comment les futurs stratégistes jugeront nos interprétations contemporaines de Clausewitz.

Ce petit ouvrage remplit donc parfaitement sa mission: être une introduction à une pensée riche et complexe, et constitue donc un guide incontournable pour tout lecteur intéressé par Clausewitz.

Notes

[1] au sujet duquel le lecteur ne partage pas l’enthousiasme de l’auteur de cette note...

[2] voir l’excellent ouvrage de Benoît Durieux sur ce point

lundi 6 août 2012

Nouvelle histoire du Premier Empire, tome 1 (1804-1810) de Thierry Lentz

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La fresque de Thierry Lentz, dont on m’a mis en mains le premier volume, rafraichit avec brio les études napoléoniennes, étant à la fois d’une érudition sans faille et d’un accès facile - dans la lignée de Jean Tulard, mais suffisamment différent pour en être plus que la continuation.

Ce premier tome se concentre sur l’ascension du pouvoir impérial jusqu’à son point haut, en 1810. Un second abordera le déclin, et surtout un troisième reprendra sous un prisme sociologique l’ensemble de la période[1]. Le volume se concentre donc sur l’événementiel militaire, diplomatique, et sur les grandes lignes des affaires intérieures à la France, dans une structure mi-chronologique mi-thématique qui fonctionne bien. On suit les campagnes sans être distrait d’autre chose, puis on passe naturellement aux évolutions de politique franco-française, dans un découpage qui conduit le lecteur avec fluidité et clarté à travers tous les développements. Le tout est bien écrit, dans un ton apaisé plutôt que passionné.

Le texte s’appuie sur une exploitation érudite de toutes sortes de sources, au point qu’il faut en dire quelques mots. Thierry Lentz a l’excellente habitude, à chaque fois que possible, de se référer à la première occurrence d’une source: il préfère citer la correspondance de Napoléon ou les articles du Moniteur que des mémoires ou une source secondaire. Et, embrassant tout ce qui s’est publié depuis deux siècles, il alterne avec bonheur des références modernes ou d’autres datant du 19ème siècle. Par exemple, quand il décrit Wagram, il se réfère plutôt à une étude militaire publiée en 1899 - pour lui la plus complète - qu’à toute enquête plus récente. Il a aussi le goût bienvenu des sources non-françaises, évidemment pertinentes pour parler, par exemple, de la Hollande ou de l’Espagne. Surtout, il embarque avec bienveillance ce que ses prédécesseurs - de Madelin à Tulard - ont réfléchit et écrit: d’accord avec leurs jugements, il les cite plutôt que les paraphraser; en désaccord, il souligne sans acrimonie et sans manquer de respect où son interprétation diffère. Bref, il se comporte en auteur apaisé et modeste, la profondeur de son texte et son érudition tranquille étant une des façons les plus fines de séduire le lecteur.

Au fil du texte, on voit qu’un sujet intéresse particulièrement Thierry Lentz: le pouvoir et sa portée, à la fois dans la personne de Napoléon lui-même et dans le "système" continental qu’il tente d’établir. Le texte s’ouvre sur un long développement sur le sacre de 1804 et les quelques précautions constitutionnelles entourant le rôle d’empereur, puis détaille leur suppression en 1807, et la façon dont Napoléon finit par s’irriter de tout ce qui peut même à faible intensité ressembler à une "opposition". Lentz nous montre en permanence ce que font les principaux ministres (Fouché, Talleyrand, Cambaceres, Savary), aussi bien pour faire vivre la réalité de l’administration lorsque l’empereur est en campagne que pour personnifier le développement du pouvoir absolu, quand Fouché et Talleyrand tombent en disgrâce.

La même attention est portée à la mise en place du "système" continental qui se forme traité de paix après traité de paix. Sans entrer dans le détail géographique des annexions et révisions de frontières, leur énumération après chaque passe d’armes permet à Lentz de montrer comment la méthode évolue. L’intérêt de Lentz pour les "napoléonides" - les parents de l’empereur nommés à la tête de tel ou tel royaume et qui peuvent être baladés de l’un à l’autre comme de simples préfets - participe de la même illustration de l’exercice du pouvoir, où l’on voit s’ajouter une singulière dimension familiale.

Surtout, le texte se concentre sur les limites du systèmes, ses failles: la pression mise sur le Pape et sa résistance, tout comme l’échec patent en Espagne, mais aussi tous ces "craquements" perceptibles en 1809 qui montrent que l’Europe des nations est en train de naître et que les choix de Napoléon - la création d’une nouvelle dynastie, le rapprochement avec la vieille noblesse - sont à contretemps.

Alors que Tulard[2] donnait l’impression d’un Napoléon hésitant, terriblement humain, on garde du Lentz l’impression d’un individu décidé, souvent brutal, habile politiquement jusqu’à son sacre ou au moins jusqu’après Iena, mais devenant tellement cassant et arrogant qu’il ne peut que susciter rancoeur et hostilité.

Je n’ai pas un point de vue de connaisseur sur l’abondante littérature napoléonienne, mais je ne peux que recommander la lecture de Thierry Lentz, qui séduit par son ton modéré et sa clarté, et par la subtilité des messages qu’il fait passer.

Notes

[1] Ils sont déjà sur ma pile, c’est promis, j’en parlerai quand je les aurai lus

[2] que j’ai lu il y a fort longtemps et dont je ne me souviens peut-être plus très bien

jeudi 5 mai 2011

Histoire militaire de la France tome I, de Philippe Contamine et André Corvisier

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Dans une rare tentative de diversification, j’ai abordé ce gros volume de synthèse publié il y a 20 ans, et j’y vois un texte inégal: aride, vieux, et pas la hauteur de son ambition pour sa première moitié (des origines à la Renaissance); mieux écrit, dynamique, et assez simple d’accès à partir des guerres de religion.

Les auteurs sont un groupe d’universitaires réputés, de ces vieux professeurs d’université qui ont atteint le sommet des honneurs que réserve la faculté et se lancent dans une synthèse ambitieuse qui pourrait presque passer pour leur testament. On attend tout leur savoir, toute leur finesse. Ici, ils veulent réhabiliter le fait militaire dans l’histoire, remettre à leur juste place guerres, armées et flottes dans l’histoire du Royaume, en débutant dès Clovis et, pour ce premier volume, jusqu’à la mort de Louis XIV en 1715. L’enjeu militaire est suffisament vaste en lui-même pour que les auteurs ne discutent rien du reste: politique, diplomatie, religion, évolutions de la société ne sont pas abordés sauf s’ils touchent directement à l’histoire militaire. Ce livre, pour un lecteur qui, comme moi, ne connait rien de rien à la période, peut constituer une parfaite introduction, et d’autant plus grâce à un positionnement synthétique, sérieux, mais non savant.

Les 10 premiers chapitres abordent les prémisses les uns après les autres: carolingiens, ère féodale, Philippe Auguste, la guerre de 100 ans, et une "première modernité" sous Louis XI. Le texte a une structure systématique. On survole rapidement les opérations militaires car on ne veut surtout pas faire d’histoire bataille (seule exception: une description de Bouvines). Puis on discute l’état des forces en France et l’armement disponible. Quand c’est possible, on ajoute quelques éléments sur la doctrine. Le tout est sérieux[1], mais cette approche "par petits bouts" est indigeste. D’une part, les opérations militaires sont expédiés si rapidement qu’il est impossible d’en saisir les enjeux, et d’autant moins que le texte ne s’appuie que rarement sur des cartes de situation. D’autre part, les descriptions des armées elle-mêmes (levée, composition, qualité, commandement etc.) sont statiques: on indique l’état à l’instant t, sans se demander ce qui a changé par rapport à la période précédente, ou même simplement comparer la situation de la France à celle de ses rivaux. Et le style de Philippe Contamine est aride et lassant: à l’analyse, il préfère les énumérations de troupes, de batailles, de domaines. Il ne prend qu’exceptionnellement du recul. Cette lecture est un sacerdoce.

C’est avec soulagement qu’on aborde les aspects navals - donc thématiques - ou qu’on glisse vers la Renaissance via un fort bon chapitre sur l’impact de l’artillerie. Et quand Contamine passe la main à André Corvisier, un minimum de plaisir de lecture revient. Bien que le découpage d’ensemble reste chronologique, Corvisier se pose aussi la question de l’impact des aspects militaires sur la construction de l’Etat via son administration, ou détaille ce qui ressort des traités de doctrine militaire de l’époque. Il garde encore le goût d’énumérations là où un tableau aurait suffit[2] mais on lui pardonne d’autant plus facilement qu’il aborde les interactions avec la société, qu’il sait différencier la publication d’un édit de son application concrête, le tout dans un style plus fluide. Petit à petit, quand on parvient à Louis XIV, on voit apparaître des cartes pertinentes ou un traitement graphique des données. Comme l’histoire qu’il raconte, le livre devient progressivement plus moderne.

Si l’on prend du recul sur cet ouvrage, on voit qu’il ne correspond qu’à un public fort restreint - au mieux aux étudiants jusqu’en licence, ou aux bibliothèques universitaires[3] - et que, loin d’être une référence, il a sans doute été rapidement oublié. Le texte ne s’adresse pas à des spécialistes, puisqu’il n’apporte pas d’éléments nouveaux mais se veut une synthèse. Le choix est d’ailleurs fait de ne pas encombrer l’ouvrage de notes, tout en ajoutant une iconographie riche mais parfois déconnectée du texte[4] et, ma foi, pourquoi ne pas faire confiance aux auteurs. Mais si c’est un public d’amateurs éclairés qui est visé, il aurait fallu être un poil plus pédagogique, ne serait-ce qu’avec quelques cartes correspondant aux récits, s’offrir une réflexion plus profonde sur ce que signifie le fait militaire à chaque étape de la formation du pays, identifier ce qui est spécifique à la France. Les auteurs, d’ailleurs, auraient pu se placer au-dessus de la mélée en soulignant, chaque fois, les questions ouvertes, les points que l’histoire n’a pas encore ou ne pourra pas éclairer; l’idée ne leur n’est pas venu à l’esprit.

Notes

[1] même si, ignare, je suis incapable de commenter une éventuelle impasse, d’apercevoir l’insistance sur un thème original, ou de repérer une thèse originale

[2] Pour donner un exemple: page 311, il énumère les 10 composantes de la maison du roi, des corps de troupes d’origine et d’usage variés, allant des 25 gardes du corps aux 1500 gentilshommes. Le lecteur reçoit une somme d’appellations pour chaque entité sans en savoir plus. L’auteur, satisfait de son énumération, ne se pose pas la question de savoir s’il s’agit d’un ensemble significatif. D’ailleurs, il ne fait même pas la somme du total...

[3] Au lancement, en 1992, chaque volume est vendu 550FF, cad, en tenant compte de l’inflation, environ 150 EUR au tarif 2011 ! Il y a de nombreuses planches d’iconographie, mais elles ne sont pas en couleur, contrairement à n’importe quel livre d’art

[4] j’ai en mains l’édition princeps, qui inclut une centaine de planches de photos. Je crois que la ré-édition en format poche - dont une photo illustre cet article - ne contient pas ces planches. Et aussi que la taille de la police rend le tout illisible...

mardi 26 mai 2009

Interventions alliées pendant la guerre civile russe 1918-1920, de JD Avenel.

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Le texte n’a qu’un seul mérite: il existe, et est sans doute un des très rares sur le thème présenté. Il n’en est pas moins mauvais, voire très mauvais, et je ne le recommande pas.

Je ne connaissais strictement rien au sujet, et ce que j’en ai appris ne s’est fait qu’en synthétisant les indices éparpillés dans un texte particulièrement confus, desservi par une structure idiote, et à la syntaxe parfois approximative.

Après une bonne introduction historique détaillant comment la Russie en arrive à 1917 (la meilleure partie du livre sans doute), JD Avenel choisit de nous présenter les "interventions alliées" dans un ordre thématique: diplomatie, forces en présence, opérations militaires. Ça a l’air intelligent vu de loin, mais n’a de sens que si les différentes interventions - Mer Blanche, Sibérie, Crimée, Caucase - sont liées entre elles. Or tout le livre montre que ces fronts n’ont quasiment aucune liaison, et qu’à part peut-être ponctuellement dans le Cabinet d’un ministre en France ou en Angleterre, ils ne peuvent être considérés comme un tout.

Le lecteur apprend quelques trucs sur, par exemple, l’état d’esprit du corps tchécoslovaque (qui contrôle la moitié du trans-sibérien), puis dans le chapitre suivant, sur sa constitution, puis dans le chapitre suivant encore, ce qu’il a effectivement fait. C’est au lecteur et à lui seul de se refaire ensuite le film pour avoir une vue d’ensemble de ce corps. Idem, à un degré plus grave, sur les autres fronts.

De plus, le livre a des cartes au design ancien, écrites à la main, et visiblement par plusieurs mains, imprécises, anciennes, quasi illisibles. Imaginez le tracé du front au crayon sur une carte d’atlas de la Russie -avec fleuves, villes, régions, le tout sans lien particulier avec la guerre civile - le tout photocopié en noir et blanc, puis réduit au format d’impression. Ajoutez des lacunes ridicules: la carte de la Sibérie montre par exemple l’implantation des différentes troupes, sauf que la ville essentielle - d’après le texte - est trop à l’ouest pour figurer sur la carte. Pire encore, alors que le trans-sibérien est la clé des événements, aucune carte n’a le bon goût d’en montrer le tracé (il fallait le faire...). Le choix de photos est à l’avenant: elles n’apportent strictement rien (2 images de navires français en mer et une photo d’un général russe).

L’écriture n’aide pas, avec quelques fois des fautes de syntaxes qui font douter d’une relecture sérieuse. (exemple, de mémoire: "les blancs se dirigeaient vers la ville qui était contrôlée par les rouges. Leur ravitaillement était faible". Le ravitaillement des blancs ou des rouges ?).

Le pire est dans la description des opérations. Ici, l’auteur choisi, sur chaque front, d’être strictement chronologique. Ainsi pour la Sibérie vont être liés un événement à Omsk le 10 du mois et une bataille du côté de Vladivostok le 12, comme si les deux lieux n’étaient pas distants de plusieurs milliers de kilomètres (et on nous a vaguement expliqué que les communications n’étaient pas super fluides - dingue! ). Le lecteur a un mal de chien à comprendre ce qui arrive, et laisse rapidement tomber.

Enfin, et c’est sans doute le plus énorme, la relation oublie totalement le point de vue rouge. Je comprends que le texte se focalise sur les interventions alliées et les armées blanches, et qu’il ne s’agit pas de donner une histoire de l’armée rouge, mais traiter des opérations comme s’il n’y avait pas d’ennemi, et ne jamais même évoquer en quoi tel mouvement pouvait ou non être une menace sur les soviétiques, ou quelles purent être les occasions manquées, rend le tout, même pour le lecteur plein de bonne volonté, totalement désincarné. On n’a aucune chance de comprendre pourquoi les blancs perdent la guerre civile. L’auteur, d’ailleurs, ne se risque pas à une synthèse...

lundi 9 mars 2009

Un Jean Tulard alimentaire

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Je viens de finir ce Tulard, livre que l’on qualifiera de superflu, bien que tout à fait sérieux.

Tulard est pour moi une référence avec son fondamental Napoleon ou le mythe du sauveur, dont les courts chapitres de 15 pages sont une synthèse pointue et vivante du personnage, le tout écrit dans un style heureux, et donnant l’impression, très loin du mythe, d’un Napoleon hésitant, imparfait.

Les grands moments d’un destin sont publiés 20 ans après. Tulard reprend la même forme de courts chapitres, mais pour tirer des instantanées de 50 moments clés de l’existence de l’Empereur. On ne voit pas tout de suite ce que cela va ajouter à la connaissance de Napoleon, d’autant que l’on garde l’impression, tout le long, que l’auteur écrit un livre de compromis plutôt que de synthèse. Un passage sur Joséphine, un sur la Corse, un sur Trafalgar, un sur Moscou etc. Chacun y trouvera son compte, sans que l’ensemble soit plus ordonné qu’un déballage de miniatures - chacune finement exécutée - posées en vrac sur la table.

Si le texte est bien écrit - sa seule faiblesse étant les transitions tentant de lier artificiellement les chapitres - on n’en sort pas moins avec une sensation de vide. On a lu quelques histoires, appris quelques anecdotes, déniché quelques raccourcis sur lesquels on pourrait ergoter. Mais on ne s’excitera pas pour si peu. Ce Tulard aurait-il été alimentaire?

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