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Histoire de changer, j’ai pris un texte sur la 1GM, période qui m’intéresse peu et que je ne connais que dans ses grandes lignes.

Cette histoire de la 1GM par John Keegan (Perrin, 24.5 EUR) semble séduisante, mais se révèle une amère déception. Je n’ai pour l’instant lu que les 7 des 10 chapîtres. Un survol des suivants ne me permet pas d’attendre de surprise.

Le texte de Keegan est récent (1998) et on le choisit en anticipant, en plus d’un récit équilibré, un texte de synthèse de l’historiographie et des événements. Il ne s’agit en fait que d’une narration linéaire des batailles, narration complète mais avec un biais occidental, parfois même spécifiquement anglais, qui la rend déséquilibrée.

A l’exception du (bon) chapitre initial, dans lequel l’état des relations internationales en 1914 et la suite des événements menant à la guerre sont détaillés, Keegan se limite aux opérations militaires. Les aspects économiques et politiques sont totalement ignorés.

On apprend au détour d’une phrase que Moltke est révoqué, que la France connaît une crise ministérielle, sans jamais en savoir plus. Le récit de la campagne de France en 1914 est exemplaire: c’est comme si alliés et allemands faisaient une partie de wargame, bougeant froidement leurs troupes et réglant leurs combats à coup de d6. Se poser la question de l’impact non-militaire de l’avancée allemande ne vient pas à l’esprit de l’auteur.

On lit donc que tel camp subit une défaite de 1 million d’hommes et de 500km, sans que soit évoqué les conséquences que cela a pu avoir sur les état-majors, la direction politique, et même sur la force militaire. Les troupes apparaissent sur la carte, les pertes s’empilent sans lien avec le reste. Les arsenaux, abstraits, fournissent des armes en quantité quasi illimitée. Les chefs politiques, l’organisation du commandement, ne sont pas des sujets. Tout ceci est désincarné.

Les aspects militaires, puisqu’ils font quasiment toute la substance du livre, que valent-ils? Mon impression est mitigée. La campagne de France de 14 est très détaillée, mais pourquoi pas. Pour un lecteur, comme moi, n’ayant qu’une vue superficielle de la bataille de la Marne, le texte est instructif. On regrette bien sur - amateurisme que je trouve à présent insupportable - l’absence de cartes permettant de comprendre le récit. Bien que les noms désignent des lieux se situant a moins de 150km de l’endroit ou je tape ces lignes, j’étais loin de tous les connaître et étais régulièrement perdu. (J’appréhendais justement le moment ou l’on me parlerait des campagnes en Galicie...).

Par contre, les récits des autres fronts font "par dessus la jambe". Soyons juste : Keegan n’ignore aucun des fronts, même les plus anecdotiques. C’est déjà ça. Mais il va traiter, par exemple, toute la campagne de Serbie de 1915 en moins d’une page, alors qu’il s’attarde 20 pages sur la tête de pont de 5km de l’ANZAC a Gallipoli - allant jusqu’à nous raconter qui a eu un Victoria Cross quand. Tannenberg et toute la campagne en Autriche/Pologne de 1914 sont assez bien rendus (on comprend - sans que l’auteur ne le dise explicitement... - que Tannenberg n’est qu’un succès opérationnel et en aucun cas stratégique), mais celle de Gorlice en 1915, qui amène les centraux de Varsovie a Vilnius, est traitée comme une anecdote en 3 pauvres paragraphes.

Sans avoir encore lu le chapitre sur 1916, je m’attends logiquement à force de détails sur Verdun, et encore plus sur la Somme; à quelques parenthèses sur les opérations à l’est en 1916; à 3 lignes sur la révolution russe; au récit détaillé de la conquête de l’Irak par les troupes impériales anglaises.

Enfin, le style général est, disons, lisible sans plus. Pas d’un énorme souffle. Pas d’un ennui mortel non plus. Entre médiocre et quelconque. J’ai de bout en bout l’impression de lire un texte de journaliste plus que d’historien.