Les recensions, même si elles sont rares à présent, obéissent depuis le début à un cahier des charges conscient, dont le lecteur s’est occasionnellement éloigné, mais dont voici les principaux éléments.

Le lecteur critique un livre et seulement un livre. Il ne discute pas l’œuvre complète mais un texte isolé. Le lecteur ne s’intéresse donc pas à l’auteur, à son origine, son parcours, son métier, sa position. Il ne s’intéresse pas à l’éditeur, au succès de l’ouvrage, aux librairies qui le distribuent. Les recensions se concentrent délibérément sur ce que le texte exprime. Le nom de l’auteur pourrait être omis.

Les recensions obéissent à une forme précise. Le lecteur veut donner en quelques phrases une synthèse du texte, dans tout ce que cela distingue d’un résumé. Le lecteur ne se met donc pas à raconter le livre chapitre par chapitre. Le lecteur a vu des recensions qui consistaient de manière à peine déguisée en l’énumération de la table des matières - il est des critiques fort paresseux - alors qu’il recherche d’abord la thèse centrale du livre, quitte à souligner qu’il n’y en a pas et que l’auteur n’a aucun projet...

Le lecteur aborde le fond et la forme, dans des passages distincts, et en commençant naturellement par le fond.

Le lecteur souligne, enfin, tente de souligner, aussi bien les qualités que les limites du texte. Il se pose donc la question "qu’est-ce qui est bien?", "qu’est-ce qui pourrait être amélioré?" et distingue les dimensions dans sa recension.

Le lecteur tient à trouver une première phrase accrocheuse et tient à synthétiser sa propre critique dans la phrase finale. Il donne une recommandation pour que celui qui tombe sur la recension ait un avis explicite quant à l’intérêt d’aller lire le livre.

Le lecteur ne lit aucune autre critique du texte avant d’écrire la sienne. Il reconnaît aller ensuite voir ce que d’autres racontent, et s’étonne presque à chaque fois d’avoir un angle de vue fort différent de ce qu’il trouve...