Quelques mots d’éthique du lecteur.

Le lecteur ne parle que des livres qu’il a lus. Voilà qui semble évident, mais redisons-le : seulement des livres qu’il a lus, et une fois qu’il les a lus en entier. Si bien, d’ailleurs, qu’il y a quelques très mauvais livres dont il ne parle pas du tout parce qu’ils étaient si nuls qu’il les a balancés à travers la pièce après 50 ou 100 pages.

Les conditions dans lesquelles vient au lecteur l’envie de lire le livre, les lieux et temps, n’ont aucun intérêt pour ceux qui lisent les critiques. Il ne s’agit pas d’un journal de lecture discutant du confort relatif d’un wagon de train ou d’une chaise longue. Le sujet est délibérément absent des notes de lecture.

Sujet moins neutre: les conditions dans lesquelles le lecteur obtient le livre. Si le livre est directement offert par un éditeur ou si est reçu d’un auteur, le lecteur se doit de le faire savoir. Il est trop de bloggers qui ne maintiennent leurs pages que pour recevoir des livres gratuitement. Leur objectivité s’en ressent : ils ont trop peur, s’ils viennent à pointer les faiblesses d’un texte, de ne plus bénéficier de ces livres gratuits ; sans surprise, ils répugnent à dévoiler s’ils paient ou non leurs livres. Le lecteur pense que les internautes s’en rendent très vite compte.

Le lecteur pense en outre que l’acte d’achat n’est pas indifférent. Le lecteur se reconnait largement dans le sentiment de Xavier Guilbert : il a de quoi payer ses livres, ses critiques le font pas vivre, il n’a pas la contrainte de l’actualité ou de l’exhaustivité. Le lecteur veut que son envie continue de guider ce à quoi il dédie du temps de lecture.

A force de tourner autour de l’histoire militaire, le lecteur a fini par rencontrer des auteurs. Il devient difficile de parler de leurs livres, et le lecteur tente à toute force de ne pas se laisser tenter. Quand on a rencontré un auteur, que l’échange fut sympathique et fructueux, que l’écrivain a montré son sérieux et l’étendue de sa recherche, on se met dans une situation impossible si le livre de ce même auteur montre de graves faiblesses. Pire encore si on a échangé sur le dit livre alors qu’il était encore en train d’être écrit, qu’on a pu en commenter des versions préliminaires bien avant la publication. (En plus, dans ces cas-là, on en reçoit généralement un exemplaire gratuit). Heureusement, le lecteur connaît moins d’auteurs qu’il n’a de doigts à la main ; mais pour l’instant sa solution est de ne pas critiquer leurs livres...