Qui est le lecteur ?

Le lecteur est un mâle parisien maintenant quadra. Le lecteur est exigeant. Le lecteur est snob. Le lecteur est casse-pieds.

Le lecteur est curieux. Le lecteur est excité par toute idée inédite. Le lecteur raisonne mais ne tourne pas en rond.

Ce qu’aime le lecteur ?

Le lecteur aime les livres bien écrits. Le lecteur avait de plus en plus du mal à trouver des romans intéressants mais c’était avant de découvrir Charybde. Le lecteur continue à lire des livres d’histoire.

Le lecteur aime les livres d’histoire sérieux. Le lecteur aime que l’auteur ne le considère pas comme un simple d’esprit. Le lecteur aime les historiens qui citent leurs sources. Le lecteur aime encore plus les historiens qui parviennent à bien écrire tout en étant sérieux. Le lecteur sait que l’art est difficile et la critique facile.

Le lecteur s’abandonne au récit quand il lit un roman. Mais le lecteur ne peut s’empêcher d’analyser quand il lit de l’histoire. Et après il prend des notes. Et ça fait un blog.

Ce qui énerve le lecteur depuis qu’il écrit des notes de lecture ?

Le lecteur n’aime pas les livres d’histoire mal structurés. Le lecteur n’aime pas les livres d’histoire où on a oublié de mettre des cartes ; où les cartes sont illisibles, peu précises, incomplètes. Le lecteur n’aime pas les livres où à force de détails on ne comprend plus rien à la situation. Le lecteur n’aime pas les résumés qui oublient de fouiller les questions importantes.

Le lecteur n’aime pas les livres de journalistes.

Le lecteur pense que ce n’est pas parce qu’on a pu interroger le jardinier de la chancellerie qu’il faut en tirer quelque chose pour un livre.

Le lecteur pense qu’il faut d’abord se demander ce qui importe, et ensuite chercher sources et témoignages. Le lecteur pense qu’il ne faut pas d’abord chercher des témoignages pour ensuite se demander comment en faire quelque chose. Le lecteur est top-down.

Ce qui énerve le lecteur de 2016 ?

Le lecteur reste pantois devant certaines critiques des mêmes livres que ceux qu’il lit. Le lecteur n’arrive pas à comprendre, par exemple, que d’autres n’aient aucune capacité à différencier ce qui est excellent de ce qui est minable. Comme si, fous de romans d’amour, les mêmes ne verraient pas la différence entre une série Harlequin et Autant en emporte le vent.

Le lecteur, à sa propre surprise, a fini par devenir expert en certains domaines. Le lecteur a alors constaté que certains textes étaient de regrettables approximations. Que la prose "originale" pouvait n’être que la copie d’une archive, qu’on "oubliait" de citer et qu’on reprenait sans esprit critique. Que certains, malgré leur ton sérieux, pouvait aligner des pages et des pages de pure fiction. Que tout ceci passait totalement inaperçu.

Le lecteur s’est mis à douter de beaucoup plus de choses qu’il ne l’aurait voulu.

Ce qui a changé chez le lecteur ?

Le lecteur d’antan lisait les livres en commençant par le début. Le lecteur de 2016 regarde d’abord la bibliographie et les sources. Le lecteur de 2016 risque fort de laisser de côté tout ce qui se contente de paraphraser des textes précédents.

Le lecteur pousse-t-il du pion ?

Le lecteur n’a plus autant le temps de pousser du pion. Le lecteur avait compris beaucoup de choses sur la Seconde Guerre mondiale en faisant du WiF mais il est allé bien plus loin en étudiant les styles de leaderships à la tête des armées.

Mais le lecteur est toujours aussi taquin.

Où lit le lecteur ?

Le lecteur lit allongé dans son lit. Le lecteur lit dans le métro. Le lecteur lit dans les avions. Le lecteur a toujours un livre sur soi.

Quelle est la taille de la pile ?

La pile a depuis longtemps explosé ses limites tolérées, et prend maintenant 3 étagères de 90cm d’une bibliothèque dans une maison où il n’est vraiment plus possible de trouver un mur nu contre lequel appuyer de nouveaux montants...

Le lecteur tient approximativement 3 jours sans entrer dans une librairie. Le lecteur a réussi 2 fois à sortir d’une librairie sans acheter un livre (une fois parce que c’était tout en suédois, et l’autre parce que ça sentait beaucoup trop fort les fachos).