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Le texte n’a qu’un seul mérite: il existe, et est sans doute un des très rares sur le thème présenté. Il n’en est pas moins mauvais, voire très mauvais, et je ne le recommande pas.

Je ne connaissais strictement rien au sujet, et ce que j’en ai appris ne s’est fait qu’en synthétisant les indices éparpillés dans un texte particulièrement confus, desservi par une structure idiote, et à la syntaxe parfois approximative.

Après une bonne introduction historique détaillant comment la Russie en arrive à 1917 (la meilleure partie du livre sans doute), JD Avenel choisit de nous présenter les "interventions alliées" dans un ordre thématique: diplomatie, forces en présence, opérations militaires. Ça a l’air intelligent vu de loin, mais n’a de sens que si les différentes interventions - Mer Blanche, Sibérie, Crimée, Caucase - sont liées entre elles. Or tout le livre montre que ces fronts n’ont quasiment aucune liaison, et qu’à part peut-être ponctuellement dans le Cabinet d’un ministre en France ou en Angleterre, ils ne peuvent être considérés comme un tout.

Le lecteur apprend quelques trucs sur, par exemple, l’état d’esprit du corps tchécoslovaque (qui contrôle la moitié du trans-sibérien), puis dans le chapitre suivant, sur sa constitution, puis dans le chapitre suivant encore, ce qu’il a effectivement fait. C’est au lecteur et à lui seul de se refaire ensuite le film pour avoir une vue d’ensemble de ce corps. Idem, à un degré plus grave, sur les autres fronts.

De plus, le livre a des cartes au design ancien, écrites à la main, et visiblement par plusieurs mains, imprécises, anciennes, quasi illisibles. Imaginez le tracé du front au crayon sur une carte d’atlas de la Russie -avec fleuves, villes, régions, le tout sans lien particulier avec la guerre civile - le tout photocopié en noir et blanc, puis réduit au format d’impression. Ajoutez des lacunes ridicules: la carte de la Sibérie montre par exemple l’implantation des différentes troupes, sauf que la ville essentielle - d’après le texte - est trop à l’ouest pour figurer sur la carte. Pire encore, alors que le trans-sibérien est la clé des événements, aucune carte n’a le bon goût d’en montrer le tracé (il fallait le faire...). Le choix de photos est à l’avenant: elles n’apportent strictement rien (2 images de navires français en mer et une photo d’un général russe).

L’écriture n’aide pas, avec quelques fois des fautes de syntaxes qui font douter d’une relecture sérieuse. (exemple, de mémoire: "les blancs se dirigeaient vers la ville qui était contrôlée par les rouges. Leur ravitaillement était faible". Le ravitaillement des blancs ou des rouges ?).

Le pire est dans la description des opérations. Ici, l’auteur choisi, sur chaque front, d’être strictement chronologique. Ainsi pour la Sibérie vont être liés un événement à Omsk le 10 du mois et une bataille du côté de Vladivostok le 12, comme si les deux lieux n’étaient pas distants de plusieurs milliers de kilomètres (et on nous a vaguement expliqué que les communications n’étaient pas super fluides - dingue! ). Le lecteur a un mal de chien à comprendre ce qui arrive, et laisse rapidement tomber.

Enfin, et c’est sans doute le plus énorme, la relation oublie totalement le point de vue rouge. Je comprends que le texte se focalise sur les interventions alliées et les armées blanches, et qu’il ne s’agit pas de donner une histoire de l’armée rouge, mais traiter des opérations comme s’il n’y avait pas d’ennemi, et ne jamais même évoquer en quoi tel mouvement pouvait ou non être une menace sur les soviétiques, ou quelles purent être les occasions manquées, rend le tout, même pour le lecteur plein de bonne volonté, totalement désincarné. On n’a aucune chance de comprendre pourquoi les blancs perdent la guerre civile. L’auteur, d’ailleurs, ne se risque pas à une synthèse...