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Voici un texte absolument indispensable à qui veut comprendre ce qui fait un grand livre d’histoire. Vous avez ici le contre-exemple, la nullité crasse, le déchet littéraire qui vous fera saisir l’énorme talent d’un Jean Lopez.

Pierre Lesouef veut parler de la campagne de Birmanie. Pour cela, il a lu 4-5 livres en anglais, en particulier les Mémoires du général Slim, le britannique en charge du théâtre. Il s’imagine pouvoir en faire une synthèse ou un récit brillant. Il inclut dans son texte de nombreuses cartes pour noter un à un les emplacements des unités, mais sans se poser une seconde la question de lisibilité ou de pertinence.

N’ayant pas d’autre contenu à proposer, le texte est juste digne de l’exposé d’un élève de terminale qui aurait paraphrasé du wikipedia. Donc la campagne de Birmanie, ce sont donc les anglais qui reculent, puis les anglais qui font des opérations spéciales, puis les anglais qui avancent. Autre chose? Voyons, qu’en est-il des plans japonais? De la période entre la fin du recul allié en Mai 42 et l’a dernière attaque japonais au printemps 44? De La coordination avec les chinois? Et, tiens, à quoi sert réellement le Hump, le pont aérien vers la Chine? Quelle est la politique d’occupation japonaise? Y a-t-il vraiment des ressources pétrolières et sont-elles exploitables et exploitées? Puisqu’il y a des opérations spéciales, ont-elles un impact concret - l’auteur traite l’envoi de 2000 commandos dans la jungle comme un événement majeur sans jamais décrire en quoi? Et puis, replacer la campagne de Birmanie dans le cadre général du conflit Pacifique, estimer la conséquence réelle d’une éventuelle défaite alliée à Imphal, ou l’intérêt à reprendre Rangoon au printemps 45 quand les américains sont à déjà Okinawa...?

De plus, le style de Lesouef est un catastrophique. L’auteur accumule les prétéritions pathétiques. Il se contredit parfois à quelques lignes d’intervalle. S’imaginant écrire la "grande histoire", il s’embarque périodiquement dans des tournures ampoulées qui tombent à plat - ainsi quand il dresse sur deux pages le portrait de Slim, pages à l’issue desquelles on comprend que (1) la principale source de l’auteur reste les mémoires de ce général et (2) apparaît en creux l’absence de description des autres commandants - Stilwell compris.

Et faut-il préciser que les aspects tactiques - difficiles mais pas toujours impossibles à comprendre dans le texte - sont parcellaires? La description des forces en présences se fait au petit bonheur. On voit par exemple apparaître dans le ciel des avions, juste le temps d’une demi-phrase. On dit bien que le ravitaillement est difficile, mais rien de plus, et tout en laissant les Japonais rester offensifs pendant plusieurs mois de 1944 sans se demander comment. La pression navale d’un côte ou de l’autre est un sujet totalement absent. Etc.

Allez, quelques exemples, pris en feuilletant rapidement ce "texte":

Le Burcorps, pour sa part, continua sa retraite en bon ordre grâce à ses blindés. A deux reprises cependant, il fut sérieusement accroché, au point que sa destruction complète paru possible

=> Passer 2 fois à 2 doigts de la destruction, c’est en effet ce qu’on appelle une retraite en bon ordre... (n’allez pas demander à Lesouef des faits - comme le % de troupes / matériel ayant pu réellement retraiter. C’est juste inimaginable d’en avoir dans ce bouquin)

Quant au Tchang Kai-Check, alia Gimo, c’est-à-dire Generalissimo, alias Peanut (cacahouette), surnom donné par Stilwell, sa position est simple.

=> Vous oseriez écrire une phrase pareille?

(suite de la phrase précédente) S’il entend profiter au maximum de la loi prêt bail et des instructeurs américains, c’est pour se constituer une armée moderne afin de régler ses comptes avec Mao Tse-Toung. Dans l’immédiat, il accepte néanmoins un engagement limité en Birmanie.

=> on croyait avoir lu ailleurs que les chinois engagés en Birmanie étaient quasiment les seules bonnes troupes de Tchang...

Ah oui: ai-je besoin de préciser que la bibliographie fait juste 1 page, et qu’il n’y a strictement aucune référence nulle part?