couv_-_japan_at_war.jpg

FT_-_cook_and_cook.png

Toujours dans la lignée des livres sur la 2GM du point de vue japonais, je viens de finir ce recueil de témoignages bien plus intéressant qu’il en a l’air.

J’ai dû le mentionner déjà: l’historiographie du conflit par les japonais tient du vide galactique. Il n’y a quasiment rien d’écrit, et à peine 1 ou 2 livres traduits en anglais. La principale zone d’ombre est la guerre avec la Chine: jusqu’ici, il n’y a tout simplement pas un seul texte qui traite du sujet. (Mais il parait qu’enfin en parait un à la fin de l’année). On se rabat donc sur des choses comme cet ouvrage: une série de témoignages recueillis à la fin des années 80.

Et les auteurs présentent ici un panorama très intéressant de "petites histoires", depuis des témoignages sur la Chine, si rares, jusqu’aux plus attendus sur la bombe atomique. La valeur du texte tient à la juxtaposition judicieuse des témoins. On lit par exemple les propos d’un soldat chargé des armes chimiques en Chine, suivi plus tard de ceux d’un ouvrier qui a perdu sa santé dans l’usine ultra-secrète fabriquant les gaz. L’usine était placée sur une petite île de la mer intérieure du Japon, île qui avait disparu des cartes dans les années 30.

On découvre avec stupéfaction les récits de criminels de guerre, qui racontent dans le détail les habitudes au front ou leurs méfaits au sein de la Kempetai, et qui, après avoir passé quelques années dans les prisons chinoises, ont petit à petit appris à accepter ce qu’ils avaient faits au lieu de le nier. Les chinois ont, avec une finesse stupéfiante, préféré les renvoyer au Japon après leur jugement. On découvre un peu plus loin la subtilité et le systématisme du processus de "ré-éducation" chinois. Et quand le micro est tendu à un des responsables de la ligne ferroviaire Birmanie-Siam - vous savez, le Pont sur la Rivière Kwai etc. -, lui-même jugé par les anglais en 1948, la différence est stupéfiante: cet officier là est toujours dans le déni, il considère n’avoir fait aucune faute, dit n’avoir qu’obéit aux ordres, rejette totalement l’idée de la moindre culpabilité.

Un autre grand moment est le témoignage de 2 soldats engagés dans les opérations suicide de la fin de la guerre, en l’occurrence les kaiten, les torpilles suicides. Le premier décrit le recrutement, pendant lequel on le prévient explicitement qu’il s’agit de mourir pour le Japon, l’enthousiasme de l’entrainement, la culpabilité d’avoir été en mission 3 fois mais de n’avoir pas été sur la torpille tirée. Il conteste les chiffres américains qui ne créditent les kaiten que de 3 navires coulés - 2 minuscules et 1 destroyer. Il est toujours dans le rêve d’une épopée glorieuse. Juste après, c’est un "volontaire" recruté directement à l’université de Tokyo (l’équivalent de Normale Sup’), avec une version à 180°. Le recrutement? Un mensonge organisé pour cacher la vérité aux "volontaires". L’entrainement? Les plus malins se débrouillent pour rater juste un petit peu les exercices afin de ne jamais être envoyé en mission. L’impact de ces mesures désespérées? Strictement nul. Etc.

Bref, un texte qui m’a positivement surpris. A réserver aux plus intéressés par la période, bien sûr.