couv_-_le_3eme_Reich.png

Une fois n’est pas coutume, je vous parle d’un roman et non d’un livre d’histoire. (WARNING: je dévoile l’intrigue dans la suite).

C’est que le titre est trompeur: on fait ici allusion à Third Reich, et on parle wargame tout du long. Eh oui! le héros de ce premier roman de Roberto Bolano, qui se déroule fin des années 80, n’est autre qu’un champion de wargame, tenant du titre allemand de TR, collaborateur arrogant à différentes revues dont Casus Belli ou un mystérieux Jeux de simulations (en français dans le texte), préparant un déploiement révolutionnaire qui en mettra plein la vue lors de la prochaine convention européenne, sauf s’il se décide de faire un World in Flames à la place d’un TR...

Ainsi le personnage wargameur existe-t-il bien dans la littérature ! Et l’auteur est suffisamment habile pour ne pas se contenter de ce trait de personnalité. Le Troisième Reich est d’abord le roman des vacances en Espagne, des "amis" de plage et de boîte de nuit, de restes de séduction que le narrateur, maintenant âgé de 25 ans, tente de liquider en retrouvant l’hôtel où il séjournait adolescent.

Mais le wargame, résumé parfois à de rapides CR[1], accompagne le rythme. Le narrateur initie un espagnol étrange à son jeu. On découvre que TR autorise l’axe à attaquer l’URSS en même temps que Gibraltar, à débarquer en Angleterre en même temps qu’en prenant Moscou. Le narrateur exulte. Mais petit à petit son adversaire débutant comprend le jeu, se renforce, finit par revenir sur le continent. Et quelle surprise, notre narrateur - qui s’est entre temps fait plaquer par sa superbe petite amie - n’a plus le cœur à jouer, commence à déprimer seul à être resté en Espagne en septembre, se console en faisant la liste de ses unités allemandes favorites, de ses généraux allemands favoris. Et ses cauchemars laissent transparaître une sourde menace qui enveloppe le roman, une atmosphère incertaine où l’on se demande si le jeu va rester jeu, quels sont les étranges conseillers qui aident l’adversaire débutant à reprendre la main...

Le tout se lit simplement, rapidement, directement. Les passages proprement sur TR sont, à l’exception de 2 sections volontairement techniques et abscons au début (avec un descriptif précis du placement des unités, hex par hex, avant la campagne de France), bref et descriptifs de l’action. Bolano ne se risque pas à décrire "le jeu", à montrer la pensée en progrès; mais simplement les résultats. Reste l’excellent parallèle entre le rythme en aller-retour d’un tel jeu et la progression de l’intrigue.

Notes

[1] CR = Compte Rendu