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Je me mets sous les yeux tout ce qui peut traiter de la guerre du Pacifique sans être du point de vue américain, et comme il n’y a presque rien, je me retrouve avec des livres plus ou moins intéressants...

Ici, un recueil d’articles daté dont il n’y a presque rien à tirer. Les auteurs sont une dizaine, mais américains, chinois et japonais, ce qui est original. Ils ont fait quelques travaux dans les années 80, dont la synthèse est publiée en 1990[1]. Le texte a déjà bien vieilli. Les perspectives présentées sont sur les thèmes les plus classiques de la période - dynamique diplomatique jusqu’au 7 décembre 1941, début de la guerre froide - et on les trouvera mieux racontés ailleurs.

Mais j’avais d’abord fait confiance à ce texte par la caution de Akira Iriye, dont j’avais lu The Origins of the Second World War in Asia and the Pacific, court texte extrêmement clair sur la diplomatie jusqu’à Pearl Harbor. Et force est de reconnaître que dans cet autre recueil, l’article signé Iriye ressort immédiatement grâce à un style plus fin et plus percutant, et par une vraie thèse: partant d’une étude du "Japon contre les puissances ABDC", et embrassant les relations avant comme après guerre, Iriye conclut avec inspiration que le Japon, sans doute, n’avait jamais su contre qui il faisait la guerre:

In retrospect, it seems that in their war against the ABCD powers the Japanese never knew who the enemy was. The most obvious enemy, the United States, turned out to be a potential ally, and the country they counted upon as a friendly neutral, the Soviet Union, proved the coup de grace for their surrender. Although they fought with China more than 15 years, they even refused to admit that there was a war between the two countries. And in the colonial areas, the Japanese were not sure if the indigenous peoples were their enemies or their collaborators. No wonder, then, that there was - and is - so much confusion about what the war was all about

Si les 6 autres articles traitant de diplomatie sont d’un intérêt limité, on sauvera 2 textes plus originaux sur les initiatives économiques des USA envers la Chine en 34-35. J’avoue que cet aspect m’était totalement inconnu, en particulier les conséquences d’une loi sur l’argent (le métal). Pour satisfaire le lobby américain de l’argent, le gouvernement américain impose à la Fed’ de disposer de considérables réserves d’argent, à côté de son or. Cela entraine une hausse immédiate du prix du métal. Mais il se trouve que la monnaie chinoise est basée sur l’argent (et non sur l’or), que les pièces chinoises sont en fait en argent. Une possibilité d’arbitrage se crée: récupérer l’argent chinois (en échange de n’importe quoi, terres, biens, autre monnaie...) et le vendre aux USA. En quelques mois, les banques et les contrebandiers assèchent la Chine de son liquide pendant que tous les autres biens sont dépréciés. Il devient impossible d’emprunter, faute de monnaie dans les banques. L’économie s’effondre, jusqu’à ce que le gouvernement chinois, en 1935, nationalise tout l’argent du pays et le remplace par une monnaie papier... Un cas d’école de finance d’apprentis sorciers!

Notes

[1] et pour la petite histoire, l’exemplaire que j’ai entre les mains appartenait à la biliothèque de l’Etat de Hawai, mais a été retiré du fond et s’est retrouvé dans les mains de bouquinistes...