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Le premier tome de cette histoire de la guerre de Corée était prometteur, et cette suite reste dans le même ton sérieux, exhaustif et linéaire.

Allan Millet avait prévu un travail en 2 volumes, mais est passé à une trilogie: ce tome 2 couvre uniquement la phase militairement active du conflit, de Juin 1950 à Juillet 1951. Le périmètre du travail est exhaustif, partant des enjeux diplomatiques jusqu'aux opérations militaires en abordant ici ou là les aspects logistiques, budgétaires, politiques ou humanitaires. La richesse des notes ainsi que le long essai bibliographique donnent l'impression que l'auteur a fait le tour des sources disponibles, en s'attachant en particulier à se faire traduire les textes chinois et coréens [1]. Bref: un travail jusqu'ici inégalé.

La structure reste chronologique, tout simplement, avec un style impressionniste à l'intérieur des chapitres. Par petites touches, l'auteur évoque les processus de décision de Washington, la diplomatie aux Nations Unies, la relation avec MacArthur, enfin les opérations militaires elles-mêmes. On prend ponctuellement le risque de se noyer dans le détail (par exemple quand sont évoqués les différentes versions d'une directive discutée entre Secrétaire d'Etat, Défense et Budget aux USA), mais le lecteur peut sans risque lire un paragraphe en diagonale sachant que le suivant abordera un thème différent. Au final, on arrive à un tableau complet de la situation, nourri d'une abondance de faits, et tombant rarement dans l'anecdote. Et un apport majeur est d'avoir des perspectives soviétiques et surtout chinoises bien documentées.

Mais Millet ne se permet guère de synthèse ou d'analyse. S'il reste globalement objectif - sauf à l'évocation de MacArthur, visiblement détesté, ou du général Almond, dont il faut avec réticence reconnaitre les victoires -, il ne questionne guère la pertinence des choix opérationnels. Je ne parle pas ici de la ligne stratégique de Truman (sauver la Corée du Sud mais ne pas faire la guerre contre la Chine ou l'URSS), mais simplement de l'impact des décisions militaires. Par exemple, Millet note que des plans alternatifs au débarquement à Inchon avaient été évoqués, mais ne se demande pas quels en étaient les avantages et inconvénients. Il insiste longuement sur les innombrables risques d'Inchon mais n'explique jamais quels en sont les gains. Il constate ensuite que l'armée communiste se désagrège mais ne mentionne jamais que c'est surtout parce que les lignes de ravitaillement ont été entièrement coupées par le débarquement américain[2]. De même, quand les alliés décident de se replier après l'intervention chinoise, les alternatives à la ligne du 38ème parallèle - par exemple conserver des enclaves autour des grands ports du nord ouest, ou simplement se retrancher plus au nord - ne sont pas évoquées. Ces questions ne sont pas forcément faciles à analyser, mais auraient au moins pu être posées. En fait, Millet se tient à ce qui a pu être imaginé à l'époque, et reprend les arguments et les choix mis en avant par les uns et les autres, sans commenter leur pertinence ni sans pointer les oublis. C'est au lecteur d'identifier les quelques impasses du texte, et d'espérer que le tome 3 contienne une conclusion complète sur le sujet.

Ce War for Korea, auquel on pardonnera d'avoir omis 2-3 cartes détaillées sur les opérations de Novembre 1950-Février 1951, reste une lecture à recommander, une référence dépassionnée sur la période, un travail sans équivalent, bien écrit, et terre à terre.

Notes

[1] On y trouve aussi des éléments anecdotiques, comme les histoires militaires des bataillons internationaux - le français, mais aussi le belge, le turc, le thai... - engagés dans le conflit

[2] Avoir joué à Korea m'a aidé à m'en sortir...