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Cette Histoire des commandos est un exemple de pop history consistant en un patchwork de récits romancés au style pénible et sans le moindre recul, au sein desquels on cherchera en vain quoi que ce soit qui ne soit pas de la petite histoire.

Le titre du livre est trompeur, et explique en grande part ma surprise en découvrant ces pages. Dans ses deux volumes, Pierre Montagnon juxtapose simplement une quarantaine d'actions d'éclats de natures variées. Il se base exclusivement sur des sources secondaires et anciennes, les mémoires de quelques acteurs, d'autres livres de pop history (Carell, Cornelius Ryan...). Parler "d'histoire des commandos" est abusif. L'auteur tartine 700 pages mais n'évoque pas la genèse de ces troupes spéciales. Ni la construction de leur doctrine. Ni leur recrutement et leur formation. Ni leur équipement dans ce qu'il aurait de particulier. Ni la façon dont les opérations sont conçues. Ni comment elles sont décidées et sur quels critères (ou quelle absence de critères). Ni les interfaces avec les services de renseignement ou les troupes conventionnelles. Ni ce qui les différencie entre les pays. Ni les retours d'expérience. Ni...

En fait, il n'y a pas de définition, même vague, de l'objet considéré, si bien que sont abordés aussi bien l'attentat contre Hitler que l'interception de l'avion de l'amiral Yamamoto par des américains bien informés, aussi bien un sabotage mené par une quinzaine d'individus que la prise d'une position fortifiée par plusieurs centaines de troupes spéciales. Tout et n'importe quoi, en fonction des récits que Montagnon a lu ici ou là.

Ces anecdotes valent-elles quelque chose ? Si on lit en diagonale les pages d'introduction - mal faites, pleines d'idées reçues - , si on saute les conclusions tirées par les cheveux[1], si on est capable de pardonner à l'auteur les portraits série Harlequin de ses soldats et de tel ou tel officier, si on évite soigneusement de lire les notes de pages complètement ridicules, si on a la patience de se laisser aller aux dialogues inventés et au roman photo des histoires[2], si enfin on n'a pas vu Le jour le plus long et ses équivalents, alors il arrive qu'on se laisse emporter par le récit, quand par hasard il porte sur un point qu'on n'aurait pas lu ailleurs auparavant.

Il m'est maintenant rare de tomber sur des ouvrages de ce type. Saine piqûre de rappel, qui me permet d'apprécier d'autant plus tous ces auteurs qui utilisent leur cerveau pour réfléchir.

Notes

[1] Allez, quelques exemples. Manstein s'arrête 3 jours sur les rives de la Dvina vers le 30 Juin 1941 et c'est ça qui explique que Leningrad n'ait pas été capturée...; le raid de Doolitle sur Tokyo entraine le retrait de Chine de l'aviation japonaise et la décision d'attaquer Midway...; le raid de Dieppe pour "occuper les canadiens"...

[2] Un lapsus savoureux p.98 du 2nd tome - attaque de la Pointe du Hoc - un photographe présent aurait pu prendre un cliché exceptionnel. Accompagné d'une note en bas de page: Evidemment ce cliché n'a pu être pris eu égard aux conditions du moment. Un texte profond.