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Le second volume du Thierry Lentz est toujours un plaisir à lire. On y retrouve les qualités du premier tome - fluidité, clarté de la structure, érudition tranquille - dans le même axe plus diplomatique que militaire, plus institutionnel que social.

Les premiers chapitres portent sur la situation intérieure de la France en 1810-12, un long développement étant consacré à la crise économique qui secoue le pays, mais sans que de notables conséquences institutionnelles en découlent - Napoleon a à présent un pouvoir autocratique ’absolu’ qui, au moins jusqu’à la campagne de Russie, le rend inatteignable. En filigrane, Lentz montre comment l’empereur peut par instants perdre le sens des réalités - ainsi dans l’échec de l’approche brutale avec le Pape, dans les relations trop cassantes qu’il se permet avec les napoléonides - tout en pouvant par ailleurs, force de travail surprenante, s’occuper avec pertinence et dans le détail de ce qui semble être l’intégralité des affaires de l’Etat.

Les campagnes militaires ne sont pas ignorées, avec ce qu’il faut de descriptions vivantes (en Espagne, en Russie). On en retient que Napoléon ne trouve pas de combinaison opérationnelle efficace en Saxe 1813, et qu’en 1814, ses victoires en France ne sont que des combats d’arrière garde. Napoléon a perdu son ’génie’, même si ce n’est pas dit aussi explicitement que cela.

L’essentiel pour Lentz est dans les manoeuvres diplomatiques, objets de longs développements pour expliquer comment l’Autriche se place au centre du jeu en 1812, les évolutions successives des demandes des coalisés, enfin le règlement de la paix et les termes finalement fort favorables que Talleyrand obtient pour la France en 1814, les dirigeants alliés ayant la maturité de chercher une paix ’adulte’ plutôt que d’être guidés par un désir de revanche ou d’humiliation. Dans tout son texte, et d’ailleurs aussi quand il évoque les décisions militaires des généraux de Napoleon, Lentz fait preuve d’empathie envers ses personnages. Il ne condamne personne, reprend même souvent les historiens qui auraient jugé sévèrement tel ou tel dignitaire. L’auteur semble impressionné par l’habileté de Metternich ou de Talleyrand (tout en n’oubliant pas de rappeler le bas opportunisme de ce dernier). Cette façon de toujours se mettre ’dans la perspective’ des acteurs est ce qui donne au texte son ton sérieux et apaisé.

Une seule limite néanmoins: l’exercice ne s’applique pas à Napoléon lui-même, qui est encore vu ’du dehors’. Mais Thierry Lentz promet que son tome 3, centré sur les institutions, abordera justement ce point.