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Se pliant à l'exercice de style des "idées reçues", Romain Ducoulombier met bout à bout de brefs essais qui font une introduction réfléchie et accessible à l'histoire du communisme. Il y aborde aussi bien l'idéologie que la politique, les aspects répressifs en URSS comme l'impact (ou le manque d'impact) du mouvement dans les démocraties libérales.

Chaque chapitre part d'une "idée reçue", comme Les communistes sont anti-facistes ou Le parti communiste a été une grande force de progrès en France pour rappeler la problématique et en discuter de la réalité. Le texte constate que "communisme" n'est guère facile à définir, sinon peut-être par le choix d'une prise de pouvoir violente, et ensuite par l'état d'exception qui s'impose en URSS. Le coeur de l'ouvrage porte donc sur la Révolution Russe et le Stalinisme, en insistant plutôt sur les aspects répressifs - des purges au goulag en passant par la grande famine d'Ukraine - que sur d'éventuels développements économiques. Au passage, l'auteur fait un sort à l'idée du "communisme comme anti-fascisme" en montrant que la doctrine communiste n'a jamais vraiment distingué fascisme et capitalisme, pensant volontiers l'un comme la conséquence de l'autre, et que d'ailleurs les slogans mobilisateurs qui attaquaient le fascisme le faisaient toujours en combinaison avec une autre cible. Quatre chapitres évoquent l'après-guerre, tous centrés sur l'Europe (ouest comme est), et complémentés par quelques pages portant sur la Chine. Enfin, un essai bibliographique donne au lecteur les pistes pour aller plus loin.

Regardant le fait communiste avec la distance que peut maintenant se permettre l'historien qui ne l'a pas connu, Romain Ducoulombier écrit ici des essais clairs et pertinents. La nature même de l'exercice - discuter des idées reçues - permet d'éviter d'enfoncer les portes ouvertes, et la briéveté des chapitres oblige à la synthèse et interdit les redites. La lecture est rapide, agréable, éclairante souvent, et portant à la réflexion plutôt qu'assenant des conclusions.

Peut-être la principale frustration du lecteur vient de la brièveté de l'ouvrage. Le style synthétique et moderne donne envie d'avoir encore plus de matière, et d'explorer des thèmes laissés de côté. Par exemple avoir un passage fouillé sur ce que l'on comprend de la dégénérescence du système soviétique à partir des années 1970 et jusqu'à la chute du mur de Berlin (et d'autant que quelques pays isolés, comme Cuba ou la Corée du Nord, n'y ont pas cédé); ou sur la perception qu'ont eu du communisme les partis sociaux-démocrates ou conservateurs, et les actions concrètes qui en ont découlé, de Joseph McCarthy à mai 1968; ou encore sur la posture "communiste" hors du champ politique, par exemple en économie ou dans les sciences sociales.

Je ne peux que recommander cette courte lecture. L'approche par les 'idées reçues' aurait pu n'être qu'un gadget, mais permet ici de belles et stimulantes synthèses.