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Le krach boursier de 1929 est dans ce livre le prétexte à une longue description de la société américaine prospère des années 1920. Ce qui ne devrait être qu'un prologue s'éternise 200 pages jusqu'à ce que l'on comprenne que l'auteur n'a rien à dire sur le krach lui-même, se contentant de résumer les biographies de capitaines de l'industrie ou de recopier les articles du New-York Times de l'époque. Superficiel et dénué de la moindre réflexion, ce texte n'est que pop history dissimulée par un style fluide et une couverture austère.

Le livre porte sur la période 1922-1930 et est consacré à la création de la bulle boursière plutôt qu'aux conséquences de son éclatement. Pour poser le décor, Maury Klein consacre de longs passages aux années de folle prospérité que vivent les USA, en abordant toutes sortes d'aspects sociétaux, de l'émergence de la société de consommation - radio, publicité, sports de masse... -, à l'essort de l'automobile ou au boom touristique en Floride. L’Amérique est optimiste, le bonheur est pour tous, la totale incompétence des Présidents n'a aucune importance, enfin le reste du monde n'existe pas. L'auteur parvient à rendre tout ceci vivant et chaleureux, mais le lien avec la bulle boursière est ténu.

De même, les acteurs de l'économie ont chacun droit à leur portrait. Cette évocation des banques d'affaires et des banques de réseau, des courtiers et des intermédiaires, des spéculateurs - personnalisés par quelques individus précis - et des dirigeants de la toute nouvelle Federal Reserve, enfin de quelques PDGs est peut-être le plus intéressant du livre. Mais le tout est statique, sans mise en musique. Le texte tient plus de la juxtaposition de notices, tel un dictionnaire des personnages, que d'une étude des interactions entre les différentes forces qui permettrait de saisir l'importance relative des uns et des autres. Et si l'auteur insiste sur les aspects "truqués" du jeu boursier, entre les produits financiers distribués aux "pigeons" et les manipulateurs de cours professionnels, c'est au travers de telles généralités qu'il n'est pas possible de distinguer les idées reçues de ce qui aurait été confirmé par la recherche.

Ces faiblesses se révèlent catastrophiques quand arrive enfin la description des derniers mois de la bulle. On a alors un simple bout à bout des soubresauts boursiers de 1928 et 1929, décrits parfois au niveau de la journée, et sans qu'il soit possible d'y prendre le moindre recul. Il n'est pas question d'analyser les réactions des acteurs, de discuter des alternatives, de comprendre le rôle qu'avait ou qu'aurait pu avoir tel groupe de banques ou tel type d'investisseurs, ou tout simplement de poser les questions non encore résolues. Les commentaires sur les événements sont la paraphrase des éditoriaux d'Alexander Noyes, du New-York Times, comme si Maury Klein n'avait pas poussé plus loin ses investigations. Et, de façon caractéristique, le corps du texte donne les variations du Dow Jones jour à jour, à deux décimales près, mais en valeur absolue plutôt qu'en pourcentage et sans jamais présenter de graphique d'évolution: le texte semble par instants délibérément embrouillé, à l'image cyclothymique des journées de septembre et octobre 1929.

On referme ce krach de 1929 avec une sensation étrange. Bien écrit, plutôt bien parti, le texte se révèle une totale déception quand il aborde le cœur de son sujet. Comme une bulle, il n'en reste rien de solide.