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Ce petit livre élégant est une revue complète et ordonné de l’histoire du débarquement en Normandie, abordant un à un chacun des aspects sans se cantonner à un type d’histoire en particulier. Le texte est clair, fluide, et permet au lecteur de se mettre à jour sur tous les éléments autour du 6 juin 1944.

L’objectif d’Olivier Wieviorka n’est pas de creuser un point isolé mais de revoir toutes les dimensions de l’histoire. Le livre aborde les relations internationales, la sociologie des troupes combattantes, l’économie, la politique de la France Libre, certains aspects médicaux - et bien sûr l’histoire militaire. Loin d’être un fourre-tout, le texte est au contraire parfaitement organisé: chaque thème est traité en une fois en quelques pages qui reprennent l’essentiel de l’historiographie[1]. L’écriture limpide, fluide et objective porte le lecteur à travers les pages.

Ne cherchant pas le sensationnel ou la paraphrase des récits de pop history, près de la moitié du livre est consacrée à la préparation au débarquement. Wieviorka met en avant la réticence des Britanniques à s’engager dans une opération risquée qui les distrait de la Mediterrannée, et donne l’exacte mesure de l’effort de guerre. Il indique comment l’intendance et les limites de moyens en viennent à dicter la stratégie. Il détaille les relations de centaines de milliers de soldats avec les civils en Angleterre comme avec la population française. Il dresse à grands traits l’histoire militaire de la campagne. Il insiste, de façon fort originale, sur les troubles psychiatriques dont sont victimes les combattants et sur la façon dont se construit, du côté Allié, une approche médicale (et non disciplinaire) du problème. Il évoque enfin les projets d’administration des territoires libérés, avec ou sans de Gaulle. Cette vision transverse est tellement inhabituelle qu’il y a, même pour qui connait bien la période, des passages inédits.

Le spécialiste pourra, à chaque fois, pointer que tel ou tel détail est inexact, car parfois présenté de façon trop synthétique, parfois non recoupé. Que l’auteur ne met pas toujours en perspective les sources utilisées (par exemple les mémoires de Bradley, abondamment citées, ou le récit polémique du journaliste Ralph Ingersoll) ou abuse de telle ou telle archive (ex: les rapports de la Morale Branch). Qu’enfin les travaux des historiens les plus modernes, bien que légèrement antérieurs à Wievorka, ne sont pas intégrés à l’étude (Stephen Hart, Buckley). Mais ce serait passer à côté du sujet: cette Histoire du débarquement en Normandie n’est pas un texte de recherche, mais de synthèse. La prétention n’est pas d’ajouter une pierre à l’édifice mais d’en donner la vue d’ensemble.

Quelle conclusion tire l’auteur? L’expression favorite, qui revient après la présentation de chaque nouveau thème est qu’il "ne faut pas en exagérer la porté". En toute logique, Wievorka conclut que la campagne de Normandie ne se raconte pas de façon isolée: "aucun facteur n’assura à lui seul le triomphe stratégique américano-britannique". Et cette modération est à l’image de son texte, qui se veut sérieux, équilibré, et se tenant à l’écart des polémiques. Une saine lecture.


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PS: je réalise, après avoir tapé cette note, qu’un invité sur le blog avait déjà parlé du livre en 2012 (ici). J’avais oublié (!), et mon point de vue, on le lira, est sensiblement différent.

Note

[1] Dans l’esprit, le livre d’Olivier Wieviorka rappelle celui de Richard Evans- toutes proportions gardées, bien sûr