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Monty’s Men détaille les actions de l’armée britannique entre le débarquement en Normandie de juin 1944 et la reddition allemande de mai 1945. Sur ce thème éculé, John Buckley donne un texte moderne et facile d’accès mais quelque peu vain.

John Buckley, avec Stephen Hart ou David French, est un de ces historiens renouvellant la compréhension des contraintes et des performances des armées canado-britanniques pendant la seconde guerre mondiale. Buckley a publié en 2004 un texte influent sur les blindés britanniques. Il veut dans ce Monty’s Men donner le point de vue du soldat plutôt que celui du commandement, et son objectif est, en s’appuyant sur les recherches les plus récentes, d’écrire une histoire plus populaire de la campagne d’Europe du nord-ouest qui viendrait corriger la perception laissée par les textes d’origine américaine[1].

Le livre de John Buckley est ainsi un récit chronologique des opérations depuis le débarquement entrecoupé d’extraits de témoignages de soldats ou d’officiers subalternes choisis pour leur capacité à exprimer l’expérience de terrain des combattants. Le texte intègre des développements faciles d’accès sur l’évolution des techniques de combat pour vaincre en Normandie un ennemi accrocheur et dans un terrain inédit, ou sur les limites des blindés armant les Britanniques. De plus, entre les grandes étapes incontournables, John Buckley évoque de nombreuses opérations peu connues ou rarement évoquées, comme l’opération Bluecoat en Normandie, la capture du Havre ou les développements sur la rive gauche du Rhin à l’hiver 1945. Mais alors que l’écriture est très fluide, il manque désespérement des cartes détaillées, comme si l’on attendait du lecteur d’être familier des détails de la Normandie, de la Zélande, du Limbourg ou de la Rhénanie du nord...

Le propos du texte est de réhabiliter par petites touches la compétence militaire britannique. Pour cela, John Buckley, qui est spécialiste de la période, se nourrit aux sources primaires et évite à chaque fois que possible de se référer aux très nombreux textes de ses prédécesseurs. Il ne cache rien des insuffisances britanniques, mais il se contente de les relever, en mentionnant clairement mais sans emphase que tel ou tel mouvement était inadapté, mal préparé ou mal exécuté. Il réserve ses commentaires et ses développements aux réussites des armées de Montgomery, pour convaincre de sa thèse générale: les Britanniques sont meilleurs que l’image qu’on en a parfois, en particulier dans leur capacité à apprendre et s’adapter à mesure que les mois passent.

Complémentaire à cette approche est son sain regard critique sur certains des témoignages allemands les plus connus, par exemple l’action du chef de chars Michael Wittman qui ravage une colonne anglaise près de Villers-Bocage, ou le récit d’un divisionnaire allemand racontant comment il frustre d’un regard l’opération Totalize. Il rappelle que le rapport ennemi de juillet 1944, très souvent cité, qui explique le manque de combattivité des anglais, est d’abord un document de propagande destiné à gonfler le moral allemand. Ces passages sont autant de critiques contre les historiens ayant pris ces sources pour argent comptant.

Pareillement, les discussions sur la qualité des blindés alliés évitent soigneusement les comparaisons de chiffres techniques (cette approche typique des "historiens de sexe mâle voulant ramener des problèmes complexes à des critères techniquement quantifiables", pour reprendre un commentaire sur Max Hastings) pour s’attarder sur l’utilisation de ces moyens. Par exemple, dans le terrain parsemé de haies de la Normandie, les chars se tirent dessus à quelques centaines de mètres, à une portée si faible que peu importe le blindage, celui qui tire le premier gagne.

On referme Monty’s Men avec la sensation d’avoir lu un texte posé, précis et moderne, mais sans que le livre soit autrement stimulant. On comprend bien l’objectif de Buckley (faire un récit factuel mais accessible mettant en avant la qualité de l’armée canado-britannique) tout en voyant que le projet touchera plus un public ayant en tête des idées reçues sur les Anglais que quiconque estime spontanément que les troupes de Montgomery n’avaient pu être que d’une certaine qualité pour battre les Allemands.

Note

[1] Ceux de Carlo d’Este ou de Max Hastings