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Derrière cette couverture austère et ce titre racoleur se cache un texte synthétique et ordonné qui se lit d’une traite : un aperçu direct et complet des recherches nucléaires de l’Allemagne nazie.

Cette collection "Mystères de guerre" impose un format court, ici de 120 pages de texte: il faut être rapide tout en devant rester complet, ce que Nicolas Chevassus réussit brillamment. En débutant par les conversations des savants nazis le lendemain d’Hiroshima, enregistrées à leur insu alors qu’ils sont retenus dans une villa en Angleterre, l’auteur accroche l’intérêt du lecteur tout en présentant la plupart des protagonistes. Il reprend ensuite les différentes initiatives liées au nucléaire depuis leur début, une description pour laquelle le format limité du livre se révèle une bénédiction: les programmes de recherche ayant été menés sans coordination par plusieurs organisations, c’est de pouvoir les juxtaposer rapidement qui permet le mieux de saisir leur caractère erratique. Les résultats de ces recherches suivent, tout comme l’interférence des bombardements alliés et les changements de direction techniques comme politiques. Le tout est complet et parfaitement clair.

Sur le fond, ce livre apporte peu par rapport à celui de Rainer Karlsch, dont il suit la thèse: il y aurait eu un essai de bombe tactique en mars 1945. Les preuves de cet essai sont parcellaires et contestables et y souscrire reste à l’appréciation de chacun. L’auteur ajoute toutefois un passage sur la capture des scientifiques allemands et de leurs installations, ainsi que sur la perception de la recherche allemande après guerre (Heisenberg - le physicien de loin le plus connu sur le sujet - faisant passer l’idée que le peu de résultats de la recherche allemande était aussi volonté de ne pas soutenir le régime nazi). Nicolas Chevassus préfère conclure que l’échec allemand est d’abord celui d’une organisation déficiente: alors que les Allemands partent les premiers, ils n’ont jamais un efficace binôme scientifique-militaire pour diriger l’effort.

Même s’il n’y a guère de neuf pour qui a déjà lu sur le sujet, la clarté de l’exposé comme le rythme du récit font de ce petit texte une lecture fort satisfaisante - ce n’est pas tous les jours qu’on lit avec autant de plaisir un livre d’histoire.