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Ce troisième volume de l’ambitieuse Nouvelle histoire du Premier Empire reprend la période par thèmes transverses. Mais il manque à ce bout à bout d’une trentaine de sujets un liant qui rendrait la lecture du livre aussi passionnante que les volumes précédents.

L’approche de Thierry Lentz est toujours aussi sérieuse et recherchée. Il complète ici son récit chronologique par les dimensions thématiques de la matière historique. Le volume propose donc des sortes de petites monographies sur l’organisation de l’état impérial, sur l’oeuvre législative, sur la police, sur la politique extérieure ou encore les aspects économiques et les conséquences du blocus. Chaque point est une miniature d’une trentaine de pages qui rappelle les principaux événements et leurs interprétations possibles.

Si tout est précis et clair, les chapitres tiennent d’abord du résumé, occasionnellement de la simple juxtaposition de noms ou de lieux, tout en restant brefs pour éviter d’être dans la redite des volumes précédents. Il leur manque une synthèse ou une réflexion stimulante. On comprend bien que le ressort du régime est la centralisation et l’on visite à mesure des chapitres toutes sortes de variations autour de ce thème. Mais la répétition de la conclusion lasse, on lit trop souvent que "la structure pyramidale fonctionne mieux que les régimes précédents mais devient excessive lorsque les décisions se concentrent dans les mains de l’Empereur seul". Et Thierry Lentz finit par abuser de la figure de style consistant à partir de l’opinion "commune" (par exemple, sur la valeur du Code Civil, ou sur l’Empire comme société dictatoriale) pour la réfuter et finir dans un tableau plus nuancé. L’auteur, à force d’éviter à chaque fois un jugement tranché, finit par affadir son texte.

Et ce manque de ressort, quelque fois masqué par des descriptions plus détaillées, rend l’ensemble quelque peu indigeste. On a l’impression de lire une sorte de dictionnaire ou d’encyclopédie, dont chaque article est bien fait mais dont ne goûte pas l’accumulation. Il n’y a pas à ce texte un souffle, qu’il soit dans une montée dramatique ou dans une évolution des conclusions à mesure que les pièces du puzzle s’emboîtent, qui permettrait d’entraîner le lecteur[1].

Ce volume est donc à prendre comme un texte de référence où retrouver en quelques pages l’essentiel de ce qui se sait sur tel ou tel thème donné. Mais sa lecture de bout en bout risque fort de décourager le lecteur.

Note

[1] On ne peut que renvoyer à la trilogie de Richard Evans sur le Troisième Reich pour l’exemple plus réussi de l’approche thématique