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Ce texte posthume est une lecture facile d’accès qui donnent l’impression que l’auteur mène ses campagnes avec un tel naturel que tout lui vient facilement, sans guère d’autre souci que professionnalisme et émulation.

Entre la fin de la guerre et sa mort accidentelle en décembre 1945, Tout au long de la guerre, Patton tient un journal de la campagne d’Europe du Nord-Ouest telle qu’il la vit à la tête de la 3ème armée américaine. Des extraits choisis sont publiées en 1947, précédées de quelques lettres écrites à sa femme depuis le Maroc où Patton débarque en novembre 1942.

Le texte suit une classique structure chronologique dans laquelle le chef de l’armée détaille les opérations de ses corps et de ses divisions, indiquant à mesure du récit où celui-ci attaque et comment celle-là se repositionne. Patton loue la qualité des soldats et des officiers avec une chaleur et une bonhommie dans lesquelles on voit une sincère admiration. Sans que le texte se permette la moindre arrogance, l’ennemi n’existe souvent qu’en passant, comme un obstacle jamais bien menaçant qu’il convient de surmonter avec énergie et professionnalisme. La puissance allemande n’est jamais exagérée, même lors de la contre-offensive de Ardennes.

L’auteur rappelle volontiers les anecdotes et les petites histoires qu’il a vécues. On est plusieurs fois surpris de l’attention spontanée qu’il porte aux détails. Et il mentionne le plus naturellement, à mesure qu’il parcourt la France et l’Allemagne, les batailles anciennes qui s’y déroulèrent, rappelant qu’il franchit telle rivière au même endroit qu’un empereur romain ou qu’il est le premier à prendre telle ville depuis 7 siècles. Le tout rend le texte vivant est agréable à lire.

Si le récit est plaisant, la description des plans, de leurs enjeux et de leurs résultats est trop rapide pour qu’on puisse apprécier les choix ou le talent de Patton. Patton donne en fait l’impression de superviser plus que de commander, d’être ici ou là pour surveiller mais pas pour agir. Souvent, le texte pourrait être écrit par son ordonnance, par un témoin qui raconterait les événements sans en être un acteur clé. Cette impression singulière tranche avec l’image traditionnelle d’un général aux décisions impulsives et à l’ego surdimensionné. Dans son texte, Patton met toujours en avant ses subordonnés (systématiquement nommés). Il se montre comme un exécutant consciencieux des ordres - s’il lui arrive de les détourner légèrement c’est toujours avec l’assentiment de Bradley, son supérieur. Et son récit, quand est évoquée une conférence avec ses pairs ou avec Eisenhower, le fait passer pour effacé. On se demande si telle est la façon dont Patton se perçoit sincèrement où s’il édulcore délibérément les choses.

Car plus que les occasionnelles remarques sur les Anglais ou sur le manque de ravitaillement, les passages les plus polémiques sont dans les courriers de 1942-1943 à sa femme, aussi bien dans le détail involontairement ridicule du protocole auprès du Sultan du Maroc que dans les descriptions chirurgicalement précises des aspects les plus crasseux des modes de vie des populations de Sicile ou du Caire.

Avec son calme, son style fluide et sa multiplication de détails, War as I Knew It fait passer l’auteur pour un chef respectueux et efficace mais auquel on peine à trouver un quelconque génie, comme si Patton n’avait pas encore pu prendre suffisamment de recul sur sa propre campagne.