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Si se placer du point de vue allemand lors du débarquement en Normandie répond à un besoin tellement la perspective alliée est documentée, Benoît Rondeau rate complètement l’exercice dans un livre où confusion, clichés et incapacité d’analyse laissent le lecteur pantois.

La méthode de présentation qu’adopte en général l’auteur est le déballage de tous les éléments en désordre sur quelques pages, comme on viderait son panier de courses sur le tapis de caisse. Beaucoup de choses s’y trouvent, mais de niveaux différents, et sans qu’une structure permette d’assurer l’exhaustivité et la pertinence. Les chiffres côtoient les rumeurs, les points se contredisent volontiers d’une page sur l’autre, la chronologie défaille, et on ne voit qu’en tirer. Par exemple - et je peux en donner bien d’autres -, avant le débarquement, on construit des défenses pour maintenir le moral des troupes (p. 30) mais les hommes en font tellement qu’ils sont dans un état d’épuisement total (p.32); ce qui ne les empêche pas d’être bien entraînés (p.60) malgré la période indolente de garnison en France (p. 27). L’auteur juxtapose tout cela sans faire de lien, comme si chaque page était indépendante de celles qui précèdent et qui suivent.

De la même façon, le texte alterne entre essais de présentation réfléchie et clichés éculés. On tombe, quand les Allemands sont montrés défilant en chantant "Heidi, Heido, Heida", et sensibles aux "cidre, calva et jeunes femmes", au niveau de La Grande Vadrouille[1]. On prend petit à petit conscience que la valeur des paragraphes tient directement à la source que l’auteur utilise; il y a occasionnellement des points quantifiés sérieux, mais souvent de regrettables improvisations. Et on est désolé de voir que les pages wikipedia peuvent avoir davantage de recul que le texte[2]

Peut-être cette superficialité est-elle la plus gênante quand le texte cherche à prendre du recul. Les raisonnements ne se tiennent pas et les conclusions, aussi bien sur de petits points que sur la stratégie, sont si souvent à contre-sens qu’on finit par être impressionné de lire autant de sottises et de remarques simplistes en lieu d’analyses[3]. Un cas particulier est la discussion sur la stratégie allemande (positionner les blindés près des cotes ou au loin) et les réactions les premiers jours de l’invasion. Le sujet, classique de l’histoire de la campagne, est abordé comme le reste de façon décousue mais aussi pour faire de Rommel "l’homme providentiel" et de Rundstedt et Geyr von Schweppenburg les "idiots obtus", et non en prenant une attitude neutre et dépassionnée. La ficelle, lourdingue, n’est qu’un irritant de plus.

En fait, le texte ne se lit bien que quand il se place "au ras des trous d’homme". Les pages de témoignages et d’anecdotes donnent une ambiance intéressante et quand le texte parle des blindés, c’est en restant toujours dans le contexte du terrain normand et non en comparant des caractéristiques techniques. Ce sont en fait des sujets pour lesquels il n’est pas nécessaire de chercher à faire une synthèse, et où certaines des sources de l’auteur - comme sa pile de Militaria Magazine... - trouvent leur utilité. Les sources sont d’ailleurs à l’égal du reste du texte: décousues et superficielles. On peut avoir d’un coup 4 notes sur une page puis de longs passages sans aucune référence (ce qui signale d’habitude un problème dans la recherche). Si certains ouvrages modernes et analytiques sont cités dans la bibliographie, leurs propos ne semblent guère être intégrés au point qu’on se demande dans quelle mesure ils ont été lus. On ne s’interroge par exemple à aucun moment sur la pertinence des techniques de défense allemandes, que ce soit au niveau tactique (la contre-attaque systématique) ou au niveau opérationnel (la recherche de la poussée blindée), et encore moins si ou comment les Alliés anticipent, s’adaptent ou contrent ces réflexes.

Il ne serait pas honnête de recommander ce texte. Seuls les spécialistes de la campagne pourraient faire le tri et noter les remarques pertinentes surnageant ici ou là au sein de billevesées. Le bon livre en français sur la perspective allemande en Normandie reste à écrire.

Notes

[1] Et non, si vous aviez un doute, à celui d’Hiroshima mon amour.

[2] Petit exemple tant qu’à faire: sur l’impact de l’opération Fortitude (p.53). La recherche suggère maintenant que très peu des mesures d’intoxication ont en fait été perçues par les Allemands.La page wikipedia (celle en anglais) le note...

[3] Faire la liste serait vraiment cruel, n’allez pas me tenter...