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Ce texte, conseillé par un concepteur de wargame, propose une douzaine de monographies couvrant toutes les situations de combats en ville d’une certaine envergure. Inégal comme tout recueil d’articles, le livre contient plusieurs cas fort originaux et trouve sa cohérence dans la diversité et l’exhaustivité des situations présentées.

Le combat urbain, est-il rappelé via Sun Tzu, doit d’abord être évité tellement il est problématique pour l’assaillant. L’ouvrage illustre le point par des récits et retours d’expérience impliquant aussi bien des forces régulières que des partisans ou insurgés: bataille urbaine choisie par deux armées régulières (Budapest 1945, Manille 1944), insurgés délogés par une armée (Varsovie 1944) ou armée délogée par des insurgés (Jaffa 1948), coup de main réussi (Troyes, 1944) ou dégénérant en bataille d’attrition (Seoul 1950), enfin bataille de rencontre (Hue, 1968). Les exemples vont chercher bien au-delà des cas les plus évidents pour proposer un panel d’une rare originalité: on n’avait guère vu d’analyse des 2 jours d’escarmouches dans Troyes, de la bataille d’Aschaffenburg en Avril 1945, ou de l’engagement de quelques centaines d’irréguliers pendant la guerre d’indépendance israélienne.

Incidemment, le texte provoque une réflexion sur comment présenter de façon vivante et stimulante un récit de combat. Chaque article se développe de la même façon: rappel du contexte, description des combats urbains, enseignements. La répétition lasse vite et on peut préférer lire un chapitre de temps à autre que tout vouloir avaler à la suite. Deux pièges d’écriture surviennent: entrer dans le détail des combats quartier par quartier, ce qui perd le lecteur sans apporter à la réflexion; décrire longuement le contexte pour tenter de masquer le peu de choses à dire sur les combats urbains eux-mêmes. Le meilleur choix reste d’appuyer la description sur les techniques tactiques dans ce qu’elles peuvent avoir de particulières au combat urbain (communication par les égouts, techniques d’assaut d’immeubles, impact des snipers etc.). Mettre en avant les choix de commandement s’ils sont structurants est également habile. La valeur des récits tient en fait aux conclusions qu’on peut en tirer plutôt qu’au résultat des batailles, et force est de constater que chaque article ne donne que deux ou trois points tellement les situations urbaines différent.

Si le chapitre de conclusion n’est qu’un fade résumé des précédents, la dernière partie du livre inclut un double récit de combats entre l’armée du Nord-Vietnam et les Marines américains à Hue en 1968. Le premier texte explique l’ensemble de la bataille, le second est le témoignage d’un tankiste américain. On attend du témoignage de simples anecdotes - la "personnalisation" du tank par les marines, le ravitaillement à une pompe à essence Shell... - mais on est saisit par la description du bref engagement du char dans une rue étroite de la ville, quand le véhicule de devant est touché par 2 RPG et bloque complètement le passage, et qu’en même temps la rue grouille de réfugiés. Le narrateur, dans deux pages intenses, raconte comment son instinct le pousse presque irrésistiblement à s’enfuir hors de son char et comment il vit un moment de temps ralenti jusqu’à ce qu’il déniche le soupirail d’où partent les roquettes - avant que son tank fasse piteusement marche arrière.

On trouvera dans ce recueil quelques articles d’intérêt, ne serait-ce que dans le traitement de cas jamais abordés ailleurs. On regrette qu’il manque une synthèse portant le sujet au-delà de la simple nécessité de pratiquer le combat combiné infanterie-blindés dans les zones urbaines.