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Thierry Lentz termine sa tétralogie par un volume fouillé dans lequel il met en évidence combien quelques mois d’absence suffisent à ce que l’Empereur, de retour d’Elbe, soit en complet décalage avec la société. Il rend les Cent-Jours un épisode sans mystique ni geste héroïque, et dont l’histoire du pays se serait bien passé.

De nouveau, Lentz préfère à raison une structure thématique à une stricte chronologie. Le Congrès de Vienne est par exemple intégralement expliqué sans que le retour de Napoléon interrompe le texte par un quelconque effet de manche. L’auteur reprend ensuite son texte au printemps 1814 pour décrire la première restauration, en en agençant parfaitement les différents éléments. Il excelle toujours dans la présentation des manœuvres diplomatiques et politiques, que ce soit à Vienne - les passes d’armes entre Metternich, Talleyrand et Alexandre sont superbement détaillées - ou dans les jeux de pouvoir entre les divers parlements et Napoléon ou Louis XVIII. La revue de l’évolution de la société française, qui accepte sans mal le retour du roi et vit comme une libération la suppression de toute censure sur la presse, est un autre réussite. Seul le chapitre sur la vie quotidienne de Bonaparte à Elbe détonne quelque peu tellement la méthode de l’auteur s’applique mal à un sujet si microscopique.

La thèse du texte est que malgré l’ineptie de la politique de Louis XVIII - ministres choisis à contresens, gestion fiscale technocratique, protocole risible, ambiguïtés contre-productives sur le clergé ou les biens nationaux, mise au ban des anciens militaires, stupéfiante lâcheté personnelle du roi et de son entourage etc. - personne ne souhaite le retour de Napoléon. Bonaparte reprend le pouvoir grâce au soutien des militaires qu’il croise sur son chemin (et d’eux seuls) et est sinon fraîchement accueilli par toutes les autres strates de la société. Les pages sur l’incapacité de Napoléon à imaginer d’autre légitimité que celle que lui donneraient d’hypothétiques victoires militaires sont parmi les plus fines du volume. Les 4 jours de la campagne de Waterloo sont parfaitement expliqués, en clarifiant quelques idées reçues et en ramenant bien la responsabilité des choses au chef plutôt qu’à un quelconque de ses subordonnés.

Dans ses conclusions, l’auteur s’appuie souvent sur les auteurs des deux siècles précédents : il donne à la fois l’impression de faire le tour de l’historiographe et d’avoir une certaine distance par rapport aux jugements, comme s’il ne s’appropriait jamais tout à fait ce qui était dit, tout en choisissant soigneusement les extraits présentés. Il s’agit là d’une façon élégante de modérer son propos, même si petit à petit on se demande qui se cache derrière le masque.

Ce volume final de la Nouvelle histoire du Premier Empire est tout aussi nécessaire que les deux premiers. Avec sa présentation impeccable, et son écriture fluide qui coule sans difficulté sur des centaines de pages, on ne peut que chaudement en recommander la lecture.