Modifier les sources à la base du travail historique peut naturellement altérer les conclusions des historiens. C'est précisément ce qui se produit aujourd'hui avec un officier aussi fameux que George S. Patton.

Nous avons eu l'occasion d'évoquer les principaux travaux portant sur Patton ainsi que les distorsions engendrées par la publication sélective de son journal. Mais il y a pire : ce journal lui-même est devenu une source problématique.

Il se trouve - cas singulier parmi les diaristes - que Patton écrivait son journal à la main, et que plus tard ces notes manuscrites étaient dactylographiées par un aide de camp. Cette mise au propre se faisait des semaines après les événements et Patton en profitait pour amender et corriger son texte.

Les deux versions sont disponibles dans les archives américaines depuis des décennies, et ont même été numérisés il y a quelques années. Leur comparaison est édifiante : Patton a régulièrement modifié son texte après-coup pour se donner le beau rôle et s'attribuer plus d'intelligence et d'intuition opérationnelle qu'en réalité. Certains des extraits les plus connus et les plus cités, comme plusieurs remarques de juillet 1944 sur comment percer en Normandie ou cette fameuse phrase du 25 novembre 1944 où Patton "prédit" l'attaque allemande dans les Ardennes sont des ajouts postérieurs aux événements.

Le journal de Patton est une source essentielle pour comprendre le personnage. Il apparaît qu'il ne faut pas se fier à la version publiée par Martin Blumenson, puisqu'il s'agit de la copie dactylographiée rédigée après coup, mais qu'il faut se référer au texte manuscrit. En changeant cette donnée d'entrée, les conclusions qu'on obtient sur Patton sont fort différentes. En fait, cette découverte, qui vient de faire l'objet d'une publication scientifique, déclasse d'un coup tout un pan de la littérature pattonesque, et remet en cause nombre d'interprétations sur l'action des armées américaines.

Voici par exemple les extraits du 25 novembre 1944. On y voit divers changements éditoriaux (ordre des phrases, détail des formulations) et surtout l'ajout, aussi peu discret qu'un gros morceau de scotch, d'une phrase fondamentale sur la situation dans les Ardennes.

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